Notaires au féminin : promouvoir la profession par le prisme des femmes

L’association notairesauféminin.com fonctionne autour de plusieurs axes : cohésion professionnelle, promotion de l’image de la profession et accès des femmes au droit. Impossible pour nous de ne pas en parler à l’occasion de la Journée des droits des femmes. Barbara Thomas-David, Notaire et présidente de l’association répond aux questions de la Rédaction.

Village des Notaires : Vous êtes présidente de l’association, mais aussi notaire. Quel regard portez-vous sur la parité et l’égalité salariale dans les offices ?

Barbara Thomas-David : Ce que je peux vous dire, c’est ce que nous pratiquons à l’étude, en ma qualité de chef d’entreprise et avec mes associés, une stricte parité en termes de salaire entre les femmes et les hommes. Vous pensez bien que portant la cause des femmes dans le notariat, c’est vraiment un sujet qui, pour nous, n’en est pas un au quotidien ! C’est une évidence et je dirais que, plus généralement, je ne pense pas que la question de l’égalité salariale soit une problème qui touche véritablement les offices de notaires.

Et pour ce qui est de la parité ? Le notariat est une profession qui est extrêmement féminisée [1] ?

Oui, en effet, surtout au niveau des collaborateurs - je dirais 75 % à 80 % - et depuis fort longtemps. Au niveau des notaires associés, il y a eu véritablement une grosse grosse évolution en 20 ans. Par exemple, quand j’ai prêté serment en l’an 2000, nous étions 14 % de femmes notaires ; aujourd’hui, nous sommes à peu près 53-54 %. Donc, en une génération, on a passé le cap des 50 %. Je dirais que ça n’a pas du tout été fait dans la lutte, ni le conflit, mais de façon tout à fait naturelle : c’est la majorité des femmes sur les bancs de la faculté qui s’est retrouvée mécaniquement et statistiquement au sein des offices de notaires.

Vous avez créé une association dédiée aux femmes notaires. Quel est, plus précisément, le but de l’association ?

Le but de l’association est double.

C’est d’abord un objectif de cohésion entre les hommes et les femmes au sein de la profession, parce que nous considérons que la cause des femmes ne peut avancer qu’avec les hommes, tous ensemble. C’est aussi répondre à un constat et à un besoin qui en découle : beaucoup d’études ont été créées depuis la loi Croissance et certaines femmes se sentent aujourd’hui un peu isolées dans leurs études. C’est la raison pour laquelle nous travaillons sur des sujets relatifs au management au féminin, au leadership au féminin, aux équilibres entre la vie privée et la vie professionnelle, etc. Nous abordons ainsi des questions telles que : comment exercer, en tant que femme, ses fonctions de chef d’entreprise ? Comment évoluer et prendre des fonctions au sein des organes de gouvernance ? C’est notre notre but de cohésion en interne.

À l’externe, nous avons une volonté de promotion de la profession par le prisme des femmes, par le prisme féminin. Nous constatons en effet encore un petit déficit d’image, un côté encore un peu "poussiéreux" de la profession, malgré les campagnes de communication que nous avons faites, malgré des générations modernes, malgré le fait que nous sommes en pointe sur les nouvelles technologies. Mais malgré tout ça, certaines idées ont la dent dure et le notaire souffre encore d’une image un peu passéiste. Donc, si, par le prisme féminin, par le prisme des femmes, on peut véhiculer une image plus moderne, plus jeune, plus empathique. Non pas que les hommes n’aient pas de qualités ou d’atouts bien évidemment. Mais je trouve que si nous pouvons, par ces prismes différents, entamer une campagne "de séduction" en quelque sorte auprès du public et que l’on passe plus facilement la porte de nos études, nous aurons gagné notre pari.

Vous évoquiez aussi un autre souhait à l’égard du grand public, spécifiquement pour les femmes ?

Oui, c’est l’accès au droit. L’indépendance économique des femmes est très importante, puisque c’est grâce à elle, si on revient sur des enjeux plus globaux, c’est grâce à cette indépendance que les femmes peuvent prendre plus de place dans la société, qu’elles peuvent avoir une parole libre, gagner en liberté, gagner en Indépendance avec un grand I. Et dans cet accès au droit, nous, notaires, avons notre rôle à jouer.

C’est ouvrir la porte de nos études pour conseiller au quotidien les femmes. Ce n’est pas notre champ de compétence que de gérer des actions équivalente au pro bono ou de mécénat, etc. C’est bien sûr louable, mais ce n’est pas notre but. Nous aidons les femmes dans le cadre de nos fonctions de notaire et de nos missions de conseil "classiques" je dirais, par exemple au sujet d’un contrat de mariage, d’un divorce, d’une adoption, dans le cadre des successions, toute l’information sur l’ingénierie juridique qui les concernent et leur permet d’accéder à leurs droits.

À l’occasion de la Journée des droits des femmes 2022, Barbara Thomas-David et les membres fondateurs de l’association notairesauféminin.com vous invitent à suivre leur rencontre – débat, le 9 mars 2022 au Conseil Supérieur du Notariat :


Notes

[1Selon les derniers chiffres communiqués par le CSN (Communiqué de presse, 8 mars 2022) : au 31 décembre 2021, la profession comptait 9229 femmes notaires (55 % vs 14,5 % en 2000) et 7530 hommes. La part des femmes notaires titulaires ou associées atteint 45 % en fin d’année 2021. Elle progresse d’ailleurs de façon continue depuis 2000 avec une nette accélération depuis 2010 (25,9 % en 2010 et 14,5 % en 2002). Au 31 décembre 2021, le nombre de femmes notaires titulaires ou associées (4 955) était plus important que celui des femmes notaires salariées (3 500).

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