Panorama de la cohabitation intergénérationnelle

Les années 2000 correspondent à une recrudescence des départs tardifs des jeunes adultes du domicile familial. Ce phénomène de cohabitation intergénérationnelle suscite un regain d’intérêt de la part des pouvoirs publics, qui analysent ses conséquences en matière de logement et déterminent dans quelle mesure Tanguy [1] est amené à demeurer au nid.

L’étude réalisée par le ministère de la Transition écologique [2] évince autant que se peut les étudiants : l’âge minimum de la personne de référence du foyer est de 25 ans, soit l’âge auquel la déclaration de revenus est nécessairement distincte de celle des parents.

L’ampleur de la cohabitation intergénérationnelle en 2017

Lorsque plusieurs générations se rassemblent sous le même toit pour des raisons notamment financières, le déménagement entraîne l’appauvrissement notoire d’une personne du ménage. C’est pourquoi on parle ici de cohabitation intergénérationnelle « présumée subie ».

Au regard du fichier des logements à l’échelle communale (Filocom), pour l’année 2017 [3] :

  • on recense environ 858 000 foyers fiscaux cohabitant avec autre foyer plus âgé ;
  • cela représente 2,7 % des foyers fiscaux en France, soit presque 3 Tanguy sur 100.

Le foyer accueillant et le foyer accueilli correspondent généralement aux parents et aux enfants. Dans l’écrasante majorité des cas, cette cohabitation résulte du faible niveau de ressources de foyer accueilli. Ce constat fait écho à une étude menée par l’Insee en 2018 qui souligne le fait que 80 % des parents français aident leurs enfants entre 18 et 24 ans sur le plan financier [4].

Le profil type du cohabitant

Le plus souvent, le foyer accueilli est une personne seule. Plusieurs données parmi lesquelles le jeune âge des personnes de référence accueillies permettent de dresser le portrait-robot de l’adepte de la cohabitation intergénérationnelle :

  • 50% des accueillis ont moins de 33 ans, âge médian des personnes concernées ;
  • la majorité d’entre eux cochant la case du célibat et n’ayant pas d’enfants ;
  • plus d’un jeune de 25 ans sur dix est concerné par cette situation ;
  • une proportion qui décroît sensiblement à mesure que l’âge augmente.

Le jeune adulte célibataire sans enfant est donc le plus enclin à se retrouver dans une situation de cohabitation intergénérationnelle présumée subie, étant précisé que 8 foyers accueillis sur 10 font face à une réduction conséquente de leurs revenus.

Le parc social surreprésenté

Le logement qui abrite plusieurs générations a tendance à être un logement social. On constate en effet une surreprésentation du parc social dans cette situation puisque parmi les logements où cohabitent plusieurs générations, 27 % sont des logements sociaux contre seulement 16 % des résidences principales en France en général.

Ces logement dénotent de plus une plus grande précarité que la moyenne :

  • un peu plus de 3 % d’entre eux disparaissent dans les 2 ans ;
  • un taux 10 fois supérieur à celui observé au niveau global du parc.

Géographie de la cohabitation intergénérationnelle

La cohabitation intergénérationnelle est plus répandue au nord-est et au sud de la France, avec une prévalence départementale à son point culminant :

  • dans le Nord et le Pas-de-Calais, au nord ;
  • dans le Vaucluse, les Bouches-du-Rhône et en Corse, au sud.

Cette fréquence géographique de la cohabitation peut être liée à plusieurs facteurs :

  • un facteur économique selon lequel il existerait une corrélation entre le phénomène de cohabitation intergénérationnelle et le niveau de pauvreté constaté localement ;
  • et un facteur culturel résidant dans les usages historiques en termes d’organisation familiale (tendance à la cohabitation ou a contrario culture de l’autonomie résidentielle).

Évolution du phénomène

La décennie 2010 est allée de pair avec un accroissement de la part des foyers fiscaux concernés par la cohabitation intergénérationnelle présumée subie :

  • entre 2009 et 2017, cette part passe de 23,7 à 26,5 pour 1 000 foyers ;
  • soit une progression de + 2,8 points en l’espace de moins de 10 ans.

Mais sort-on facilement de cette cohabitation intergénérationnelle ou prend-on longtemps ses aises dans le foyer providentiel ? L’examen rétrospectif du cru 2017 révèle :

  • qu’environ la moitié des foyers accueillis en 2015 demeurent dans la même situation après 2 ans ;
  • quand 30 % d’entre eux quittent le nid dans les mêmes délais ;
  • la cohabitation perdurant moins de 4 ans dans presque 7 cas sur 10.

Cette évolution reste stable au fil des années. Et plus la personne cohabitante est jeune, plus vite elle décohabite : à 25 ans, l’horizon de départ est de deux ans pour s’allonger ensuite après ce même âge.

L’étude dans son entier est consultable sur le site du Service de la donnée et des études statistiques (accès direct en cliquant sur l’image ci-dessous) :

Alix Germain
Rédaction du Village des Notaires


Notes

[1Tanguy, 28 ans, est le personnage principal du film éponyme réalisé par Étienne Chatiliez en 2001 qui, au grand dam de ses parents, vit toujours sous leur toit.

[2Ministère de la Transition écologique, 2022, « La cohabitation intergénérationnelle présumée subie en France métropolitaine ».

[3Il s’agit des derniers chiffres disponibles communiqués en 2022 et correspondant à l’année 2017.

[4MEDIAVILLA Lucas, Les Échos, 2018, « Combien coûte un jeune adulte à ses parents ? ».

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