[INTERVIEW] « Le notariat a encore plus besoin de communiquer aujourd’hui » (Axelle de Chaillé, directrice de la communication de la Chambre des notaires de Paris)

La communication est devenue l’alliée de taille des notaires : il est loin, le temps où l’on pouvait regretter le repli sur elle-même de la profession ! Que ce soit pour mieux faire connaître l’écosystème notarial ou pour promouvoir la place centrale du notaire dans la société, le notariat d’aujourd’hui souhaite véhiculer une image rénovée auprès du grand public comme des collaborateurs des offices. Axelle de Chaillé, qui assure la direction de la communication à la Chambre des notaires de Paris, revient pour le Village des Notaires sur les particularités de la communication notariale au niveau de la Chambre.

Village des Notaires : Quelles sont les spécificités de la communication appliquée aux études notariales et comment cette communication a-t-elle évolué récemment ?

Axelle de Chaillé : Il faut d’abord souligner que, contrairement aux avocats, les notaires ne peuvent pas faire de publicité. Le Règlement national du notariat prévoit en effet que toute publicité à caractère personnel est interdite aux notaires. Après avoir travaillé au Barreau de Paris pendant près d’une dizaine d’années, je suis donc arrivée dans une profession où la publicité est interdite par principe, ce qui constitue un grand changement en matière de communication. L’étude de notaire ne peut utiliser les éléments tels que le chiffre d’affaires, l’identité de ses clients, etc., pour attirer de la clientèle. Cela pose donc une limite à leur communication.

Mais si la publicité est interdite, la communication reste autorisée pour les études au travers de certains canaux, dans le respect des règles de déontologie de la profession. Le numérique a pris une large place dans les études puisque plus de 90 % des actes authentiques sont faits à distance via les outils numériques. Les réseaux sociaux (LinkedIn, Twitter, Instagram) sont eux aussi beaucoup utilisés. Et les pratiques doivent continuer à être bien encadrées, car je le rappelle, toute communication doit respecter les règles de déontologie et spécialement l’interdiction de faire de la publicité, à savoir de « l’incitation commerciale déguisée ».

Le notariat fait face à des transformations importantes qui ont pour conséquence la nécessité de se démarquer les uns des autres

Je suis entrée à la Chambre des notaires de Paris il y a neuf mois et j’observe d’ores et déjà une recrudescence de la communication faite en qualité de notaire sur divers sujets d’actualité. En cela, une véritable digitalisation du métier de notaire est en train de s’opérer, ce qui favorise la communication. Et pour cause : le notariat n’a plus vraiment le choix aujourd’hui. La communication est donc extrêmement importante, surtout pour les entrepreneurs qui démarrent de zéro. Le notariat fait face à des transformations importantes : la transmission familiale des études de père en fils, déjà moins fréquente, qui va devenir l’exception, l’obligation née de la multiplication des offices ou bien encore, l’ouverture du capital des structures d’exercice à d’autres professions du droit et du chiffre, ont pour conséquence la nécessité de se démarquer les uns des autres.

Certes les notaires ne peuvent pas réaliser de campagnes publicitaires payantes ou sponsorisées car cela s’apparenterait à du marketing digital, à de l’achat d’espace et, donc, à de la publicité. En revanche, ils peuvent jouer sur certaines nuances au travers de leur marque, leur site internet, leur carte de visite, le logo type de leur étude, etc., de façon à se créer une identité graphique. Cette dernière se modernise chez les notaires, qui trouvent des alternatives aux codes traditionnels de la profession. En arrivant à la Chambre, j’ai découvert une profession bien plus moderne que ce que j’aurais pu imaginer.

V. N. : Quid de la communication assurée par la Chambre des notaires de Paris ?

A. d. C. : La communication au sein des études étant limitée, les notaires ont d’autres moyens d’augmenter leur visibilité. La Chambre des notaires de Paris est organisée en différentes commissions, parmi lesquelles la commission de la communication présidée par Barbara Thomas-David, que j’anime avec cette dernière et qui compte une quinzaine de notaires. Cette commission est le trait d’union entre les études et la Chambre. Y est associé un groupe de porte-paroles de notaires qui réfléchit à des actions et à des axes de communication prioritaires pour se faire connaître auprès des médias. Nous nous réunissons trois à quatre fois dans l’année autour d’une feuille de route qui concerne à la fois la communication interne en direction des offices et la communication externe à destination du grand public et des décideurs, ainsi que l’ensemble des outils afférents.

La communication notariale est le fruit de la rencontre entre l’expertise communicante et l’expertise notariale

Notre spectre va donc de la transformation numérique à l’événementiel en passant par les relations presse et les relations publiques et bien évidemment les réseaux sociaux. La communication notariale est ainsi le fruit de cette rencontre entre l’expertise communicante et l’expertise notariale, qui donne lieu à de nombreuses innovations dans ce domaine. Pour résumer, les notaires peuvent donc participer à la commission ou être désignés porte-paroles de la profession pour profiter de cette synergie.

La Chambre en elle-même a pour mission de communiquer auprès des différents publics, qu’il s’agisse des médias, du grand public, des leaders d’opinion, au travers de campagnes de communication. La communication, c’est aussi beaucoup d’événements : 80 % de notre activité repose sur des événements qui peuvent être B to B ou B to C. Notre but est de montrer que le notariat est ouvert. Typiquement, le Club du Châtelet a été mis en place pour faire interagir les notaires et les acteurs politiques, économiques, universitaires, administratifs, judiciaires et juridiques autour de sujets de société et d’actualité.

V. N. : Peut-on parler d’une certaine exemplarité de la Chambre en matière de communication vis-à-vis des études ? Les oriente-t-elle dans leur stratégie ?

A. d. C. : C’est une bonne idée. Tout dépend du type d’action, car je le rappelle, le CSN a sorti en 2019 consécutivement au décret sur la sollicitation personnalisée un « guide de la communication » très détaillé. Mais établir des bonnes pratiques que la Chambre transmettrait aux études pourrait être une très bonne idée. Cela va déjà être fait en matière de numérique et de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) pour les sensibiliser à ces questions. On pourrait donc imaginer le développement d’une action similaire dans le domaine de la communication.

V. N. : La Chambre fait ainsi figure de moteur en se saisissant de sujets de société tels que la RSE, sur laquelle les notaires doivent également communiquer. Quelles actions menez-vous en la matière ?

A. d. C. : Dans cette perspective, la Compagnie devient une « entreprise à mission » et engage des actions concrètes en matière sociale, environnementale, ainsi qu’en termes d’égalité hommes/femmes. La Chambre a constitué un « département qualité » chargé de ce sujet piloté par Isabelle Szczepanski. Des groupes de réflexion (auxquels j’appartiens) ont été mis en place pour réfléchir à différents axes prioritaires.

Nous sommes très sensibles à toutes les questions relatives à la RSE. Pour exemple, la Chambre engage des travaux de réfection de son siège, avenue Victoria, pour mettre le bâtiment aux normes environnementales et va déménager dans des locaux provisoires, au 18 rue Pasquier, à la mi-juillet. Les travaux devraient durer pendant les deux ans de la mandature. Il faut dire que le bâtiment, inauguré en 1855, n’avait encore jamais fait l’objet de gros travaux. Dans le cadre de ce déménagement, nous avons élaboré une politique de tri des déchets. Des meubles feront l’objet de la revalorisation et du recyclage, et proposés à des administrations ou à des associations. Nous allons aussi réduire la consommation de papier et l’utilisation des imprimantes, de même pour la consommation de plastique.

Nous avons mis en place un bilan carbone sur l’ensemble de nos sites, ce que l’on va progressivement proposer aux études

Récemment, nous avons également noué un partenariat avec la fondation GoodPlanet de Yann Artus-Bertrand qui a pour vocation la sensibilisation aux enjeux environnementaux. Autre exemple de notre engagement RSE déployé vers les collaborateurs : nous avons mis en place un bilan carbone sur l’ensemble de nos sites, ce que l’on va progressivement proposer aux études.

Depuis l’arrivée de la nouvelle directrice générale, Raphaëlle Epstein-Richard, nous avons mandaté un cabinet de conseil et d’audit pour interroger l’ensemble des collaborateurs de la Chambre et faire un état des lieux de leurs modes de travail. Le but est d’optimiser la qualité de vie au travail. L’un des points du programme du Président nouvellement élu Marc Cagniart revient aussi sur la question de l’accès au droit au travers de permanences gratuites assurées par les notaires.

Concernant l’égalité entre les femmes et les hommes, nous allons poursuivre la promotion de l’association NotariElles créée et dirigée par la Vice-Présidente de la Chambre, Estelle Amram. 57 % des notaires sont aujourd’hui des femmes, ce qui est un marqueur important de la profession ! Nous avons organisé dernièrement, à ce titre, un webinar sur les biais cognitifs entre les femmes et les notaires face à leur client.

V. N. : Le notariat cherche actuellement à attirer de nouveaux talents, et ce dans divers domaines de compétence. Comment assurez-vous la promotion de la profession auprès du public ?

A. d. C. : Au-delà d’une campagne de communication, il s’agit plutôt d’une campagne d’information des publics. Les différents métiers exercés au sein des études notariales sont très mal connus. Au lieu de communiquer sur la profession de notaire, il convient davantage de communiquer sur l’écosystème des études notariales, leur mode de fonctionnement et leurs spécificités. Cela passe par des interviews de notaires et de collaborateurs car, une fois encore, le recrutement ne concerne pas que la profession de notaire. La problématique se situe surtout dans les « fonctions support » (comptables, formalistes, assistants juridiques, etc.).

La création de nouvelles études a généré un appel d’air au niveau de l’emploi puisque les personnes qui étaient en poste dans des études sont parties dans d’autres. Or le recrutement reste un savoir-faire. De manière très pragmatique, l’idéal serait de proposer aux études un service d’organisation de rencontres pérenne et pourquoi pas sur le modèle du speed dating avec les candidats. C’est un travail de longue haleine à mener pour que le recrutement se fasse lui aussi sur le long terme.

Propos recueillis par Alix Germain
Pour la Rédaction du Village des Notaires

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