Xavier Bunel : « Chaque nouveau dossier est bien différent du dernier que l’on a pu prendre. »

En tant qu’ancien chercheur d’un cabinet de généalogie parisien, je mets la priorité absolue sur la qualité de l’investigation. Avec mes six collaborateurs, nous commençons donc toujours par une enquête de voisinage, afin de recueillir un maximum d’informations qui ne sont pas accessibles par la recherche documentaire : la personne décédée était-elle en couple ? Avait-elle des frères ? Des sœurs ? Des enfants ? Ensuite, nous ne laissons aucune hypothèse ouverte, et si certaines archives ne se trouvent pas en ligne, même pour une période qui pourrait ne pas sembler importante dans la vie de la personne, il va de soi que nous faisons le déplacement. J’ai ainsi travaillé sur un dossier où un notaire avait réglé une succession au profit d’une seconde épouse, en oubliant le fils d’un premier lit du défunt, avec les conséquences que l’on imagine.

Dans beaucoup de nos dossiers, nous ne sommes pas les seuls généalogistes en piste. Il peut s’agir de successions vacantes, dont mon cabinet s’est fait une spécialité, ou alors de mandats donnés par un notaire, une mairie, ou un syndic de copropriété pourvu d’une créance du défunt. Résultat, c’est à celui des généalogistes qui trouvera le plus vite les héritiers ou qui saura se montrer le plus persuasif ; et les héritiers n’hésitent pas à faire jouer la concurrence s’ils le peuvent. En ce qui nous concerne, c’est une bonne école pour apprendre à mener une recherche rapide et efficace. Il m’est ainsi arrivé que, sur une même affaire, des cabinets trouvent des neveux ou des cousins dans des pays étrangers, pendant que nous nous concentrions sur les enfants qui étaient difficiles à identifier parce qu’ils avaient coupé les ponts avec le défunt.
Il y a en effet de tout dans les successions vacantes. Chaque semaine, nous entreprenons entre 30 et 50 enquêtes et beaucoup de successions s’avèrent vides, ou déficitaires, mais il y a des surprises, comme cet homme qui s’est avéré être le beau-frère du surréaliste Marcel Duchamp. Certaines investigations vont ainsi durer 30 minutes et d’autres se prolonger sur des années, en raison de leur complexité, comme cette succession de 2008 où nous avons progressivement identifié quatre cousins comme les héritiers les plus proches, parmi lesquels trois sont morts au cours de l’enquête, ce qui a relancé les recherches pour trouver les descendants de ces mêmes cousins... ce dossier est toujours en cours au cabinet.

Pour l’instant, même si nous nous sommes fait connaître auprès des notaires sur notre territoire, nous recevons peu de missions de la part des études. Il se peut que, avec l’arrivée de nouveaux notaires dans le cadre de la Loi Macron, certains fassent davantage appel aux petites et moyennes structures de généalogie successorale comme la nôtre. Mais il est vrai que, pour l’instant, les quelques gros acteurs du secteur ont une capacité de démarchage telle qu’ils monopolisent la majeure partie des dossiers transmis par les notaires.

L’héritier péruvien et le brocanteur

« Une succession gérée par l’administration des Domaines nous a amené à nous mettre sur la trace des héritiers d’une maison. Le syndic de copropriété avait, parallèlement, mandaté un autre généalogiste pour recouvrer les charges dues par le défunt. Mon cabinet a été le premier à reconstituer le schéma de cette famille désunie, où le fils et la fille de cet homme ne parlaient plus à leur père, ni ne se parlaient entre eux. Le fils se trouvait près de Lima, au Pérou, et a accepté, comme sa sœur, que nous le représentions. L’histoire est devenue rocambolesque quand le brocanteur qui avait été chargé de débarrasser la cave de la maison nous a annoncé qu’il avait trouvé dans un vieux meuble trois lingots d’or, 90 000 $ et 200 000€ en billets de 500. Les héritiers ont donc récupéré cette manne inespérée, mais le brocanteur a par la suite réclamé 50 % du trésor au nom de l’article 716. À l’heure actuelle, ils sont encore en procès. »

Article initialement paru dans le Journal du Village des Notaires n°62

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