Traduction juridique : un service amené à prendre de l’ampleur pour les notaires.

La traduction est à la fois une pratique dont le fondement, la langue, traverse le temps, immuable, mais également une discipline inscrite dans son époque et qui bénéficie des innovations technologiques pour améliorer la qualité du service rendu aux clients. L’expertise de Davron Translations dans ce domaine se met ainsi au service des professionnels du droit, comme les notaires. La Rédaction du Village des Notaires s’est entretenue avec sa fondatrice et directrice Anne-Cécile Bourget-Davron pour qu’elle nous explique les ressorts de la traduction et de l’interprétariat juridiques.

Pourriez-vous tout d’abord présenter votre métier et de quelle manière vous avez été amené à travailler avec les notaires ? Avec quelles autres professions travaillez-vous ?

Je suis indépendante, traductrice-interprète assermentée pour la cour d’appel de Paris, diplômée dans d’un doctorat en littérature américaine et agrégée d’anglais. Avec mon mari, nous avons monté il y a 10 ans Davron Translations car à l’époque le service d’aide et d’accompagnement dans les démarches administratives pour les expatriés et les étrangers à Paris était peu répandu. De fil en aiguille, des avocats se sont intéressés à notre travail, nous nous sommes donc de plus en plus tournés vers la gestion de projets de traduction juridique. Les notaires sont venus à nous dans un second temps, dans des missions comprenant du droit de la famille et du droit immobilier.

Ensuite, à la demande des avocats, nous avons développé notre offre online en traduisant leurs sites (en anglais d’abord, puis dans d’autres langues), avec un versant marketing également. S’agissant des professionnels du notariat, nous avons été amenés à travailler avec eux car nous les retrouvions souvent dans l’univers professionnel de la traduction dans le cadre des transactions immobilières : ils nous demandent ainsi par exemple de leur trouver des interprètes pour des promesses et actes de vente.

« La gestion de l’activité de l’entreprise est très cadrée puisque nous sommes certifiés « norme ISO » »

Le marché du notariat représente 25% de notre clientèle. Le reste est constitué par des départements juridiques des entreprises (grosses ou PME), des particuliers, et avocats. Nous ne travaillons pas encore beaucoup avec les huissiers et commissaires aux comptes, peut-être est-ce parce que d’autres entreprises plus « historiques » sont déjà connues sur ce marché. Mais il serait opportun de le faire à l’avenir et d’y apporter notre touche « legal tech ».

Comment fonctionne le processus de certification en matière de traduction ? Comment travaillez-vous avec votre équipe, notamment sur les aspects de confidentialité et de sécurité des données propres aux documents juridiques que vous traitez ?

La gestion de l’activité de l’entreprise est très cadrée puisque nous sommes certifiés « norme ISO » pour la traduction et l’interprétariat. Pour obtenir cette certification, des mesures spécifiques sont mises en place. Nous avons ainsi passé un audit il y a trois ans, que nous renouvelons d’ailleurs cette année. A cette occasion, un auditeur vient dans l’entreprise et évalue tous les process entrant dans le circuit de qualité du service et plus largement de la vie de la société. L’évaluation porte également sur l’action globale que la société mène que ce soit via l’évaluation des traducteurs, leurs recrutements, les processus de livraison. Enfin, annuellement, un autre audit est réalisé pour vérifier le respect des critères inscrits l’année précédente et pour inscrire les actions futures de progression.

En interne, nos salariés sont des chefs de projet et des traducteurs spécialisés en anglais, espagnol, chinois et allemand. Nous bénéficions également d’un réseau externe avec des centaines de traducteurs, interprètes et post éditeurs, et ce dans toutes les langues. Ces-derniers ont un rôle intéressant car, quand la traduction automatique, rendue possible par nos outils technologiques, est de bonne qualité, ils vont, en tant que linguistes, pouvoir reprendre la cohérence terminologique, le contexte donné, et font généralement gagner au moins 30% de temps de traduction. On couple cela avec des systèmes de mémoires de traduction (segments déjà traduits que l’on réutilise pour de nouvelles traductions). Compte tenu de la confidentialité des documents juridiques, nous privilégions des mémoires de traduction uniques pour chaque client, en cloisonnant l’ensemble du circuit. De même, et cela fait aussi partie des critères de la certification ISO, toute personne qui entre en contact avec ces documents, signe un accord de confidentialité. Enfin, l’hébergement de nos données se fait en France, et notre serveur est protégé par des serveurs de sauvegarde, et la personne en charge de la maintenance de ce serveur se trouve également en France.

L’épidémie vous a-t-elle impacté ? La période actuelle vous a-t-elle poussé à plus de dématérialisation et observez-vous le même effort de la part de vos partenaires et clients ?

La crise épidémique nous a évidemment impactés car toute notre activité liée à la machine juridique était à l’arrêt. Cette « pause » nous a permis de prendre le temps de travailler sur le volet marketing, de promouvoir nos supports clients dématérialisés disponibles directement sur notre portail en ligne. Nous mettons ainsi sur notre site, à la disposition de nos clients, une plateforme instantanée sur laquelle ils peuvent, ou leurs propres clients, connaître le tarif de n’importe quel document à traduire. Ils ont ainsi un espace dédié pour avoir tous les éléments de leur dossier (factures, devis, projets) à disposition, et les fichiers sont archivés sur le cloud. Ils peuvent accéder à l’évolution en temps réel de la traduction des documents, en toute transparence.

« Nous apprécions que les notaires continuent à fonctionner et aient mis les outils pour pouvoir travailler à distance. »

Notre activité est revenue à un rythme plus habituel depuis peu. Du côté des partenaires et clients, nous avons remarqué une même volonté de dématérialisation. Les choses vont dans le bon sens. Le fait que les notaires continuent à fonctionner et aient mis les outils pour pouvoir travailler à distance est sans doute quelque chose que nous apprécions. Dernièrement, j’ai personnellement expérimenté l’outil de visio-conférence dans le cadre de missions de traducteur-interprète pour des actes de vente, et j’ai trouvé cela formidable !

Comment arrivez-vous à gérer les différences de terminologie entre le français et une langue étrangère ? N’est-il pas parfois difficile de respecter la frontière entre la simple traduction et l’amélioration du document source ?

Il arrive, et c’est souvent le cas de figure le plus difficile, qu’il y ait des traductions à faire dans des documents sources comme des contrats, qui n’ont pas été bien rédigés initialement. Si l’on ne trouve pas de termes équivalents, on demande généralement au traducteur de faire lui-même un choix. Sinon, nous avons d’autres alternatives comme l’ajout de notes de bas de page, ou d’un fichier Excel avec un glossaire. Le traducteur reste bien évidemment dans son rôle et ne va pas au-delà de ce que demande son expertise. On laisse soit aux parties, aux avocats ou aux magistrats le soin de décider sur les tenants et les aboutissants des contrats. Il faut rester humble, c’est surtout une affaire d’échange !

« Le rôle du traducteur est de déterminer si le contexte est bien compris, car la machine traduit sans compréhension du contexte. »

Notre métier nécessite du pragmatisme car la qualité ne signifie pas la perfection, mais cela engage à pouvoir répondre de manière optimale à une demande. Si l’on pouvait, avec la traduction automatique, on ferait tout traduire tout le temps, ce serait infini ! Mais le rôle du traducteur est de déterminer si le contexte est bien compris, car la machine traduit sans compréhension du contexte.

Existe-t-il des formations universitaires spécifiques pour devenir traducteur interprète juridique ? Selon vous, forment-elles d’abord des linguistes-juristes ou bien des juristes-linguistes ?

Il existe des formations « Traduction et terminologie juridiques » à l’Université, qui forment en premier lieu des linguistes car ils maîtrisent deux environnements culturels, deux langues, ce qui nous différencie des métiers de l’avocat ou du notaire. Le nôtre consiste à faire des traductions juridiques en cherchant la cohérence des termes, la compréhension des concepts, mais nous ne pratiquons pas les démonstrations juridiques de l’avocat ou du notaire !

Nous sommes également en relations étroites avec les Universités pour la promotion du métier. A titre personnel, je n’interviens pour l’instant pas dans le cadre de formations, mais plus tard pourquoi pas. Je connais bien l’enseignement, étant moi-même agrégée d’anglais.

Concrètement, pour la traduction il s’agira bien de s’assurer de la précision des termes et des concepts dans un cadre rédactionnel, en privilégiant la formulation écrite. Pour l’interprétariat, deux options se présentent : soit un interprétariat en simultané, dans le cadre d’une conférence par exemple, ou un interprétariat dit « consécutif ». Par exemple pour un acte de vente chez un notaire, chaque clause sera traduite en langue étrangère. Ou alors c’est via du chuchotage que l’expert traduit au client au fur et à mesure que les parties interviennent.

Quelles sont selon vous les perspectives du marché de la traduction et de l’interprétation juridique ? Celui-ci a-t-il encore de beaux jours devant lui ?

« Au final, la traduction juridique est un bénéfice qui ruisselle sur les besoins de la clientèle étrangère des notaires. »

La traduction est un marché porteur avec des échanges qui se multiplient et vont encore se multiplier. Ce qui est intéressant aujourd’hui et pour l’avenir, c’est de promouvoir ce côté linguiste, avec notamment la post-édition qui met en valeur les outils de traduction automatique et notre expertise dans l’utilisation de ces outils. In fine ces deux aspects vont permettre de faire gagner du temps à nos clients, qu’ils soient notaires ou avocats.

Concernant les notaires, ce qu’il est important de retenir pour eux c’est que l’ensemble de l’entreprise de traduction, avec notre capacité à conduire une gestion de projet efficace, est à leurs côtés pour les accompagner et leur permettre de mener à bien une traduction de manière confidentielle et dans des budgets raisonnables. Au final, c’est un bénéfice qui ruisselle sur les besoins de la clientèle étrangère de cette profession.

Vous pouvez découvrir le site internet de Davron Translations ici
Et contacter l’entreprise par tel +33 9 74 59 20 87
Et par email : info chez davrontranslations.com

Propos recueillis par Simon Brenot pour la Rédaction du Village des Notaires

Partager cet article sur vos réseaux sociaux :