Retrouver les métiers de ses ancêtres.

Grâce aux minutes des notaires, vous avez pu découvrir la maison de vos ancêtres, le détail de leurs revenus et de leurs biens. S’ils sont artisans, vous avez même eu la description du matériel professionnel, des stocks, des modalités du bail. Pour autant, cela ne vous donne pas la compréhension exacte de leur profession. S’il était charpentier ou boulanger, le métier vous parle parce qu’il existe encore, mais vous ne connaissez pas leur quotidien au XVIIIe ou au XIXe siècles. S’ils sont blatiers, cardeurs ou scieurs de long, c’est la définition même de leurs tâches qui peut vous manquer. Comment retrouver des éléments sur toutes ces activités d’hier ?

Fréquenter les musées

Premiers endroits où vous devez vous rendre : les musées. Mais pas n’importe lesquels.
Visitez d’abord les musées régionaux des Arts et Traditions populaires, souvent remarquables. Ils vous permettront de remonter plus haut dans le temps. Le musée national des Arts et Traditions populaires a hélas été fermé l’an passé par l’État. Un contresens culturel au moment où la généalogie semble devenir un passe-temps national.

Ensuite, si vous cherchez des informations sur un métier précis, rendez-vous sur Internet : vous y trouverez sans doute un ou plusieurs musées spécialisés. Musée du Compagnonnage, musée de la Dentelle, musée de l’Outil agricole, musée de la Ferronnerie… Outils, informations, guides divers, tout sera sur place, y compris parfois avec une bibliothèque ou des archives spécialisées.

Courir les reconstitutions

Fréquentez aussi les écomusées. Ce ne sont pas des musées classiques mais des reconstitutions des villages d’hier avec tout leur artisanat à la fin du XIXe ou au début du XXe siècles. Attention, ils ne sont pas toujours ouverts toute l’année. L’été, des animations supplémentaires permettent souvent de voir des personnes travailler « comme autrefois ».

Sachez cependant faire la part des choses. Si votre aïeul était forgeron dans les années 1680, ne le comparez pas avec le forgeron « 1920 » que vous pouvez voir à l’œuvre : les outils n’étaient plus les mêmes. S’il était boulanger en plein Paris en 1792, sous les arcades du Palais royal et que vous visitez le fournil d’un autre boulanger dans un écomusée rural ou de montagne, ne faites pas davantage l’amalgame. Ces visites constituent néanmoins une bonne approche de tous les métiers ruraux de 1800 à nos jours.

Fureter en bibliothèque

Certains musées spécialisés ont des bibliothèques : c’est l’idéal pour une recherche puisqu’elles rassemblent leur documentation sur un seul métier, celui qui vous intéresse. Celles des musées des Arts et Traditions populaires sont plus généralistes mais plus fournies.
N’hésitez pas aussi à parcourir les rayons des bibliothèques de quartier dans votre propre ville : les métiers d’hier sont à la mode, les parutions se multiplient, ainsi que les réimpressions d’ouvrages d’autrefois devenus introuvables.

Parmi les grands classiques à lire absolument dans une optique de généalogie :
— la fameuse Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, publiée peu avant la Révolution, premier ouvrage consacrant des planches entières à tous les métiers d’alors ainsi qu’à leurs outils.
— le livre de Louis-Sébastien Mercier, Le Tableau de Paris, 1781-1788, pour les métiers de la ville et de la rue. Il en fournit une approche plus pittoresque et littéraire mais néanmoins très vraie.
— le livre de Jean Delorme, Lexique des métiers d’autrefois, Jean Delorme a recensé plus de 6 000 noms de métiers.

Enfin, aux archives départementales, consultez le fichier « matières » : vous pouvez trouver des copies de travaux universitaires, maîtrises ou thèses, portant là encore sur une profession et une époque qui correspondent à celles de vos ancêtres.

Explorer les archives

Il reste enfin à vous reporter directement aux documents d’époque. Pour de nombreux métiers de la magistrature, de l’armée, de la marine, de l’Instruction publique ou des cultes, de la médecine et tous ceux que l’on dirait aujourd’hui de la fonction publique, des archives spécialisées existent qui peuvent même vous fournir des éléments professionnels sur votre ancêtre lui-même.
Le livre de Gildas Bernard, édité par les Archives nationales, Guide des recherches sur l’histoire des familles, vous donne les pistes à suivre pour un certain nombre de métiers. Il est épuisé mais consultable en usuel dans toutes les archives départementales et dans un certain nombre de bibliothèques.
Si elles ont été bien conservées et qu’elles sont accessibles (c’est en général le cas pour les grandes villes), les archives communales détiennent des fonds d’archives liées aux affaires militaires (guet et milice avant 1790 en série EE), à la police locale (FF avant 1790, I ensuite), aux enseignants et aux cultes (série GG avant 1790, série R et série P ensuite) et au personnel employé par la commune (série BB avant 1790, série K ensuite). Autant de pistes à suivre pour un ancêtre qui travaillait dans la localité.

Enfin, aux archives départementales, un certain nombre de fonds sont à explorer, au petit bonheur la chance, pour trouver des éléments chiffrés, des courriers, parfois des indications personnelles, permettant de cerner au plus près le quotidien du métier. Citons principalement :
— avant 1790 : les séries C (administration provinciale), D (instruction publique), G et H (clergé)
— après 1790 : surtout les séries S (travaux publics et transports) et T (enseignement, affaires culturelles), mais regardez bien le descriptif des autres fonds dans les inventaires locaux, car ils peuvent aussi vous apporter leur lot de documents intéressants.

Info :

Saviez-vous qu’un blatier est un marchand de blé ?
Ou qu’un Mulquinier était le nom donné à un ouvrier tisserand fabriquant des étoffes de batiste et linon ? Quantités de métiers se présenteront ainsi à vous comme des énigmes à résoudre.

Bon à savoir :

Saviez-vous que, au recensement de 1936, la moitié des hommes était en activité à 12 ans. Aujourd’hui, c’est seulement à 21-22 ans que la moitié d’une classe d’âge masculine travaille. Enfin, en 1936 toujours, c’était seulement à 73 ans que la moitié des hommes avaient cessé de travailler. Aujourd’hui, on passe sous la barre des 50 % à 58 ans, soit 15 ans plus tôt !

Gilles Prévost,
Rédacteur en chef,
Généalogie Magazine

Article initialement publié dans le Journal du Village des Notaires n°64

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