[(oogle DFP pour 2 pubs]

Retrouver le quotidien de ses ancêtres.

Après quelques semaines de recherches et quelques déplacements dans des archives de province, vous avez pu mettre des noms, des dates et des lieux sur une grande partie de votre arbre généalogique. Mais cela ne constitue que ce que les généalogistes chevronnés appellent un « squelette » : pas de vie, pas de souvenirs, pas d’émotion… Il reste à mettre un peu de chair autour de ces noms, des éléments du quotidien pour que ces ancêtres que vous n’avez jamais connus vous deviennent proches, pour que vous puissiez raconter des anecdotes sur eux comme si vous aviez vécu avec eux, il y a deux ou trois cents ans.

Une machine à remonter le temps : les archives notariales

Impossible, direz-vous ? C’est pourtant à la portée de tous grâce aux minutes anciennes des notaires. Autrefois, particulièrement sous l’Ancien Régime, chacun passait devant notaire pour les moindres petits faits de la vie quotidienne : un prêt, même minime, une prise en charge de la belle-mère âgée chez soi, un contrat de mariage, même si on ne possédait rien, une altercation avec un voisin pour des droits de passage ou une borne déplacée, des remontrances à un fils qui envisage un mariage qu’on n’autorise pas, etc. À travers tous ces actes va se dessiner le portrait de votre ancêtre : sa position sociale, son niveau de fortune et son évolution au cours de sa vie, sa bonne ou mauvaise entente avec ses enfants et ses voisins, la façon dont il a aménagé sa maison… Les archives notariales, pour ceux qui savent interpréter les textes, constituent une fabuleuse machine à remonter le temps.

Entrer dans la maison ancestrale

Parmi les actes notariés les plus intéressants pour le chercheur en histoire familiale figure l’inventaire après décès. Il était établi dès qu’un adulte mourait en laissant des enfants mineurs, ce qui était fréquent sous l’Ancien Régime puisque l’espérance de vie était courte et que la majorité des enfants n’était acquise qu’à 25 ans.
Pour le rédiger, le notaire se rendait au domicile du (ou de la) défunt(e) et décrivait tout ce qu’il voyait : l’extérieur de la maison, de l’appartement ou de la ferme, les différents corps de bâtiments, les outils professionnels… puis l’intérieur, pièce après pièce, en indiquant le mobilier (parfois même sa position dans la pièce), le contenu des armoires et des tiroirs, la couleur et le degré d’usure des vêtements, les titres des livres s’il y en avait, etc. À partir d’un pareil document, si vous êtes un peu doué en dessin, vous pouvez dessiner la maison de votre ancêtre comme si vous y étiez entré !

Connaître la situation financière de l’aïeul

L’inventaire après décès évoqué vous donne bien sûr un aperçu de la valeur des biens. Mais d’autres actes notariés vous permettent de suivre l’évolution de fortune de votre aïeul tout au long de sa vie, presque au jour le jour. Vous trouverez en effet dans ce type d’archives les prêts et les reconnaissances de dettes, même pour des sommes qui peuvent sembler dérisoires aujourd’hui. Les achats ou les ventes de terres, de bâtiments, de matériels divers y figurent aussi, comme les baux agricoles, les fermages divers, ou bien encore les donations et les rentes qu’il peut établir ou recevoir. Bref : rien de ce qui le concerne financièrement ne vous sera étranger.

Deviner son réseau de relations

Huit fiancés sur dix passaient devant notaire, contre deux sur dix aujourd’hui. Or, lors de l’établissement d’un contrat de mariage, chacun des futurs époux conviait sa parentèle et ses amis, voire ses relations prestigieuses, en bien plus grand nombre que lors de la cérémonie nuptiale à l’église. Le notaire inscrivait scrupuleusement chaque personne présente avec son métier ou son titre ainsi que son lien de parenté. Un repas de fête était souvent donné à l’issue de cette visite, avec tous les témoins qui s’étaient déplacés – et le notaire aussi bien sûr.
À travers tous les noms cités, vous pouvez deviner un peu le réseau de relations de votre ancêtre. Est-il strictement local et familial ? S’étend-il à la province ? Des notables qui ne lui sont pas apparentés sont-ils volontiers venus… Si vous faites la même recherche sur les contrats de mariage de ses enfants, vous pouvez deviner des évolutions, des tendances…

Découvrir son caractère

Parfois, les actes notariés vous permettent de cerner le caractère de votre ancêtre. Et, plus il est acariâtre, plus il y a de chances que vous en trouviez trace dans les archives des notaires !

Quelques exemples…

Une Mme Delorme voit, à la mort de son mari, sa grande demeure partagée en deux : une partie pour elle, une partie pour sa fille, son gendre et leurs enfants. Or, dès le début, elle fait interdire par acte notarié au jeune couple et à ses petits-enfants de marcher, voire même de s’arrêter, dans « sa » partie de jardin.

Autre cas : un grand-père vient assister le notaire lors d’un inventaire après décès et demander à cet officier de justice de « bien noter qu’il manque douze petites cuillères en argent et que c’est certainement son gendre qui les a prises ».
On trouve aussi parfois des séries de « sommations respectueuses », actes notariés qu’un fils (même majeur) se doit d’envoyer à ses parents si ceux-ci refusent son mariage.

Les dispositions d’un testament peuvent révéler des amitiés privilégiées ou des rancunes tenaces, car il était possible autrefois de disposer de sa fortune comme on l’entendait, y compris de déshériter un ou plusieurs de ses enfants. Etc.

Vous constaterez ainsi à l’usage qu’il y a autant d’actes possibles que de (mauvais) caractères !

Bon à savoir

Aujourd’hui, on ne trouve guère qu’un notaire par canton.
Autrefois, il y en avait un par village, parfois plus lorsqu’un notaire royal venait concurrencer un notaire seigneurial déjà présent.

Info

Les archives notariales anciennes sont en général déposées aux archives départementales. Celles-ci détiennent des listes de notaires anciens avec le nom du notaire contemporain qui les a conservées puis confiées.
Si le notaire les détient encore, vous pouvez demander un rendez-vous (sans garantie de succès) pour les consulter, à partir du moment où les actes que vous cherchez ont plus de 100 ans.

Gilles Prévost,
Rédacteur en chef,
Généalogie Magazine

Article initialement publié dans le Journal du Village des Notaires n°64

Partager cet article sur vos réseaux sociaux :