Renforcer la crédibilité et la visibilité du monde associatif grâce à de nouvelles extensions : « .ong » et « .ngo »

Depuis janvier 2015, les associations et les fondations peuvent former une demande auprès de l’opérateur Internet historique Public Interest Registry afin de se voir attribuer un nom de domaine doté d’une extension « .ong » ou « .ngo ». Ces nouveaux noms de domaine sont dit « fermés » car il convient de justifier de certaines qualités pour en devenir propriétaire, contrairement aux « .com » ou « .fr » qui obéissent à la règle du premier demandeur, premier servi. En l’espèce, pour obtenir le précieux sésame, les organisations devront répondre à trois critères : être non commerciales, non criminelles et non gouvernementales. L’attribution de l’extension s’accompagne également de la création d’un profil au sein d’un répertoire international des associations et des fondations, intitulé OnGood et destiné à faciliter le don en ligne. Ces nouveaux outils permettront de renforcer la crédibilité et la visibilité des associations et des fondations. Ils s’inscrivent dans un effort global de régulation de la Toile pour renforcer la confiance dans le numérique.

La quête de crédibilité sur Internet

En mars 2011, lorsqu’un tsunami frappe le Japon, la communauté internationale se mobilise en un temps record pour venir en aide aux victimes de la catastrophe naturelle en effectuant massivement des dons d’argent en ligne. Les informations alimentent en flot continu les réseaux sociaux, les vidéos deviennent virales et suscitent l’émotion tout autour de la planète. Le développement d’Internet a donc notablement modifié les habitudes de don en permettant aux internautes de réagir sans délai.

Si cette transformation des habitudes de don est bien sûr vertueuse dans son ensemble, elle profite néanmoins à des fraudeurs qui profitent de l’émotion pour émettre de faux appels au don et détournent des sommes très conséquentes. Cette problématique de confiance n’est pas nouvelle pour les associations et les fondations qui ont de tout temps du se justifier sur l’affectation des sommes perçues mais elle s’accroît avec le développement d’internet qui fournit de nouveaux outils aux fraudeurs. Ainsi, lors de la catastrophe humanitaire du Japon, Symantec, une société spécialisée dans les logiciels de sécurité et de gestion des risques, avait souligné le risque dans un communiqué de presse : « Les chercheurs de Symantec ont répertorié plus de cinquante domaines avec des noms tels que « Tsunami Japon » ou « Japon séisme ». Ne soyez pas surpris si ces noms de domaine sont utilisés dans des tentatives de phishing ou des attaques spam ». Le phénomène s’est répété lors de l’attentat du marathon de Boston, du tremblement de terre d’Haïti… Les associations et les fondations étaient donc en quête d’outils leur permettant de témoigner de leur légitimité auprès des potentiels donateurs.

Le rôle des nouvelles extensions

Afin d’empêcher les arnaques sur internet, l’ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Domain), institution internationale souvent qualifiée de gendarme international des noms des domaines, a donné l’autorisation à l’association sans but lucratif Public Interest Registry d’attribuer de nouvelles extensions à certains acteurs du monde associatif : « .ong » et « .ngo ». L’opérateur avait déjà eu la charge des noms de domaine « .org » qui avaient également été créés dans le but de signaler les organisations non gouvernementales. Néanmoins, l’absence de critères de sélection pour l’attribution de l’extension avait rendu cet outil peu efficace. Désormais, trois critères permettront à ces organismes de se voir attribuer un nom de domaine s’achevant par « .ong » ou « .ngo » : il leur faudra être non commerciaux, non criminels et non gouvernementaux. Comme l’indique Yann Le Flohic, en charge de la communication en Europe pour Public Interest Registry, deux types de contrôles seront effectués. Un premier contrôle aura lieu en amont, lors de la demande d’extension. L’association ou la fondation devra alors fournir des renseignements sur son activité en remplissant un questionnaire. Des lettres de référence d’autres acteurs du monde associatif lui seront également demandées afin d’opérer une sorte de contrôle par les paires. En effet, l’institution ne souhaite pas se placer comme seul acteur capable de conférer une légitimité à un organisme. Ce n’est qu’une fois le dossier validé par Public Interest Registry que l’organisme pourra utiliser le nom de domaine. Par conséquent, il sera compliqué pour un acteur frauduleux de profiter de l’émotion immédiate suscitée par une catastrophe humanitaire ou écologique en achetant un nom de domaine. Un contrôle en aval sera également mis en place. Chacun pourra signaler une association ou une fondation répertoriée mais dont l’objet aurait évolué et qui ne répondrait plus aux trois critères précités. Pour les cas litigieux, un conseil des sages sera réuni.

Ainsi, la confiance pourra être rétablie en permettant aux internautes de s’assurer qu’ils sont réellement sur le site d’un organisme dont le sérieux a été vérifié et non sur un site parasite. Cette avancée profitera en premier lieu aux associations et aux fondations peu connues. En effet, en période de crise de confiance, les dons sont facilement reportés vers les organismes dont le nom est solidement et historiquement implanté comme la Croix Rouge, Médecins sans frontières,….

Si le système devrait se révéler plus efficace que l’extension « .org », des critiques ont été soulevées sur les modalités de contrôle puisque, malgré les garde-fous instaurés, une institution aura le monopole sur l’attribution de l’extension.

Par ailleurs, la vigilance de l’internaute donateur devra rester en éveil. L’attribution d’extensions réservées aux organismes non commerciaux, non criminels, non gouvernementaux constitue une première étape indispensable mais elle devra être complétée par une sensibilisation de chaque internaute aux pièges du réseau. Par exemple, il n’est pas exclu que d’autres extensions soient créés telles que « .charity » ou encore « .donate ». Une multiplication de telles extensions pourra nuire à la lisibilité du système en semant la confusion dans l’esprit du donateur de la même façon que la multiplication des labels de l’industrie agro-alimentaire perd souvent le consommateur. Pour contrer cet écueil, la commercialisation des nouvelles extensions s’accompagne de la création d’un portail répertoriant l’ensemble des organismes bénéficiaires.

La création d’un répertoire international

L’opérateur Public Interest Registry ne se limitera pas à l’attribution de nouvelles extensions, il va créer de façon complémentaire un portail en ligne intitulé OnGood répertoriant de façon internationale les organisations non-gouvernementales. Ce portail aura plusieurs fonctions.

En premier lieu, le site internet proposera aux potentiels donateurs un moteur de recherche permettant de découvrir les associations et fondations en fonction de leur objet (protection des animaux, recherche médicale, droits de l’homme et libertés fondamentales….) ou encore de leur zone géographique. Cela permettra aux donateurs de soutenir les causes qui leur tiennent le plus à cœur. En revanche, contrairement à ce que permet par exemple la Fondation de France, qui regroupe sous son égide plusieurs associations, il ne sera pas possible sur la plateforme d’effectuer un don sans l’affecter. Enfin, il convient de noter qu’aucune commission ne sera prélevée sur le don par Public Interest Registry.

De leur côté, les organismes répertoriés disposeront d’un profil en ligne où ils pourront mettre en valeur leurs activités en décrivant, en quelques lignes, leurs actions. La plateforme offrira aussi aux propriétaires d’une extension « .ong » ou « .ngo » un outil permettant de récolter des dons en ligne de façon sécurisée. Cette dernière fonction devrait notamment faciliter les levées de fonds des associations les plus modestes pour qui la mise en place d’un tel outil reste très coûteuse. En l’espèce, l’accès à ce service est compris dans le package d’achat du nom de domaine pour moins d’une centaine d’euros.

Enfin, la plateforme a également pour but de créer des synergies entre les différents acteurs du monde associatif en permettant des prises de contacts pouvant déboucher sur d’éventuelles collaborations.

Si l’initiative de Public Interest Registry est porteuse d’espoir pour le monde associatif, notons qu’elle n’est néanmoins pas entièrement nouvelle puisque des plateformes de dons en ligne proposent déjà de tels services gratuitement à des associations et des fondations. Par exemple, le site internet HelloAsso met, depuis plusieurs années, à la disposition des associations françaises des outils pour se faire connaître et pour réunir des fonds. Ces sites ont en général une taille plus modeste mais qui a l’avantage de leur permettre une meilleure connaissance des organismes mis en valeur.

Pour conclure, la commercialisation des nouvelles extensions « .ngo » et « .ong » ainsi que la création d’un répertoire mondial des organismes à but non lucratif devrait permettre de renforcer la crédibilité et la visibilité des acteurs du monde associatif notamment les plus petites structures. L’accès au don en ligne sera facilité. Néanmoins, comme pour chaque versement d’argent, la vigilance du donateur ne devra pas être oubliée, surtout dans les moments de vive émotion.

Sarah-Louise Gervais
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