Remonter le temps dans les registres paroissiaux.

Avant 1792, l’état civil laïque n’existe pas mais on trouve son équivalent dans les registres paroissiaux tenus par les curés. Inutile de commencer à courir d’une église à l’autre : ce sont les mairies et les archives départementales qui détiennent aujourd’hui les registres anciens, antérieurs à la Révolution.
Les registres paroissiaux contiennent mention d’actes religieux : les baptêmes (et non pas les naissances), les mariages et les sépultures (non les décès).

Les actes des registres paroissiaux

Que vous indiquent au juste les actes en question ?

- L’acte de baptême vous indique implicitement la date et le lieu de naissance de l’enfant. En effet, le baptême se déroulait autrefois toujours dans la paroisse d’habitation des parents et dans les trois jours voire le jour même de la naissance du petit. L’acte mentionne en général
« né de ce jour », « né d’hier »… La crainte des parents était que l’enfant puisse mourir sans ce sacrement, donc sans pouvoir gagner la vie éternelle. En cas d’accouchement difficile, de danger de mort pour le nouveau-né, un baptême de nécessité, dit ondoiement, pouvait être pratiqué par n’importe quelle personne présente. Aussi trouve-t-on parfois dans l’acte la mention « ondoyé par la sage-femme » ou
« ondoyé à la naissance ». L’acte indique le prénom et le sexe de l’enfant, puis le nom et les prénoms des parents, l’indication de
« fils ou fille légitime de… » signifiant que les parents sont mariés. Leur âge et leur profession sont mentionnés.

Attention : si l’on remonte le temps, on trouve parfois, dans certaines régions pauvres, seulement le prénom et le nom du père. La profession peut manquer, l’âge aussi. Dans tous les cas, même si l’âge est indiqué, il est à prendre avec précaution. Personne n’a de « papiers » dans une population illettrée ; chacun se souvient approximativement de l’époque de sa naissance et les anniversaires ne sont pas des événements familiaux d’importance. Aussi l’âge d’un adulte peut-il être indiqué à deux ou trois ans près, voire beaucoup plus.

Sont enfin toujours mentionnés dans l’acte les prénoms et noms du parrain et de la marraine, leur lien de parenté avec le baptisé, leur paroisse de résidence, leur profession et leur qualité (célibataires, mariés, avec, pour la marraine dans ce cas, le nom de l’époux). Le généalogiste doit absolument les noter. S’il perd le fil des filiations de la famille, ce sont ces parrains et marraines, en général apparentés, qui peuvent le guider vers les générations précédentes. Notamment ceux des aînés, car ce sont souvent les grands-parents – s’ils sont encore vivants – qui sont parrains et marraines.
- L’acte de sépulture est celui qui apporte le moins d’élément au chercheur. Dans les cas les plus succincts, il peut tenir en une phrase « Aujourd’hui, moi curé de … ai inhumé Louis Granet » ou, pour un enfant : « Aujourd’hui ai inhumé un enfant de sexe masculin de Louis Granet ». Les parents d’un adulte ne sont jamais mentionnés dans l’acte ; pour un enfant, le père est cité mais pas toujours la mère, ni même le prénom ou l’âge de l’enfant. Enfin, les déclarants et témoins ne sont pas toujours cités dans l’acte. Dans les meilleurs cas, l’âge (approximatif) du défunt est mentionné, sa profession, ainsi que le nom et le prénom de son conjoint (attention : si le défunt a été marié plusieurs fois, seul le dernier conjoint est mentionné).
- L’acte de mariage est, comme pour le XIXe siècle, le plus apprécié des généalogistes car il fournit en général quatre ancêtres de plus : les parents des mariés. L’acte rappelle les prénoms et noms des conjoints, leurs profession et domicile, leur statut (mineur, majeur, célibataire, veuf, avec dans ce cas le nom du conjoint précédent). Sauf pour les actes les plus anciens ou les régions les plus pauvres, l’acte donne les noms des parents, même s’ils sont morts. Dans tous les cas, les témoins sont cités, avec leur profession, leur paroisse d’habitation et le lien de parenté éventuel avec les jeunes mariés.

Pas de tables décennales mais parfois des relevés

La démarche de recherche d’acte en acte reste la même que celle utilisée au XIXe siècle. En théorie, il n’y a pas, cette fois, de tables alphabétiques pour vous aider à remonter le fil du temps puisque les tables décennales n’ont été créées qu’au XIXe siècle. Néanmoins, vous pouvez parfois trouver des relevés (de mariage le plus souvent) effectués par l’association généalogique locale. Pour les feuilleter, vous pouvez :

- adhérer à cette association (ce qui peut être utile si vous avez vraiment beaucoup d’ancêtres dans la même région, car vous y rencontrerez des cousins potentiels) ;
- aller aux archives départementales (ce qui est la moindre des choses puisque les relevés ont été réalisés par des bénévoles à partir de documents publics et dans le but de rendre service à tous) ;
- vous servir d’Internet. www.filae.com met à disposition sur le Net, moyennant abonnement et pour le compte des associations, les relevés des actes des registres paroissiaux (les index de tous les actes y sont consultables gratuitement).

Un rappel  : les registres paroissiaux sont établis par paroisse et non par commune. Une même ville peut contenir deux, cinq, dix paroisses ou plus encore… ce qui peut ralentir considérablement la recherche du généalogiste.

Info : Les registres paroissiaux ne sont pas emprunts de formalisme administratif. On peut y trouver, au fil des pages, des annotations faites par le curé sur les événements majeurs touchant la vie de sa paroisse : une inondation, une épidémie, un loup, les rigueurs exceptionnelles d’un hiver… voire même des recettes de cuisine ou de fabrication d’encre à écrire !

Les catholiques oui, mais les autres ?

Évidemment, comme leur nom l’indique, les registres paroissiaux ne concernent que des paroissiens, donc des catholiques. Pas d’athée, de bouddhiste ou de musulman à cette époque-là, mais des familles juives ou protestantes vivaient alors en France et les recherches sur leur histoire ne pourront suivre ce cheminement classique. Plus complexes, les recherches généalogiques seront semées d’embûches.

REMONTER LE TEMPS SOUS LA RÉVOLUTION

Celui qui n’a pas encore eu l’occasion d’entreprendre des recherches généalogiques pendant la période révolutionnaire s’attend souvent à rencontrer de grandes difficultés. Pourtant, ce n’est pas si vrai que cela....

Les destructions de la Révolution

Beaucoup de nos contemporains supposent que les registres paroissiaux ont brûlé à la Révolution, ce qui est faux : les révolutionnaires n’ont pas mis toute la France à feu et à sang et, s’ils brûlaient des documents, il s’agissait bien davantage des papiers liés aux droits seigneuriaux, gardés dans les châteaux, que des actes de baptême, mariage ou sépulture conservés dans les églises. Même les registres du département de Vendée ont mieux traversé l’épreuve que les Vendéens eux-mêmes…

Le passage des registres paroissiaux aux registres laïques

Il n’y a pas non plus de « trous », de « lacunes » entre la rédaction des registres paroissiaux et la mise en route de l’état civil laïque décrété en 1792. Les baptêmes, mariages, sépultures catholiques ont continué (comme ils le sont toujours aujourd’hui) à être enregistrés à des fins cultuelles par les curés, tandis que les secrétaires de mairies ou les tous nouveaux officiers d’état civil commençaient à remplir leurs propres registres. L’Église a donné aux mairies et aux archives départementales tous ses registres anciens antérieurs à l’état civil local.

Bon à savoir  : Un généalogiste qui venait de débuter ses recherches supposait que son arbre s’arrêterait à la Révolution car « ses ancêtres étaient tous athées ». C’est bien sûr faux. Même une personne peu ou pas croyante faisait autrefois baptiser ses enfants : le baptême était à la fois une fête et un enregistrement administratif nécessaire.

Le calendrier révolutionnaire

Une difficulté réelle celle-là est l’existence d’un calendrier révolutionnaire fort différent du calendrier habituel. Il est adopté le 5 octobre 1793, mais il est décidé que la première année républicaine débuterait rétroactivement le 22 septembre 1792, jour de la proclamation de la République, qui devient donc ainsi le 1er jour de l’an I de la République. Aucun acte d’état civil ne date donc de l’an I, les premiers étant enregistrés en l’an II.

L’année révolutionnaire respecte cependant le cycle solaire et comporte bien 365 jours. Elle est divisée en douze mois de trente jours, eux-mêmes divisés en trois décadis de dix jours, suivis de cinq jours dits « complémentaires » ou « sans-culottides » et de six pour les années bissextiles.
Les jours s’appellent primidi, duodi, tridi, quartidi, quintidi, sextidi, septidi, octidi, nonidi, décadi : des termes aux racines latines qui auraient sans doute été inventés par le savant Romme.

Les mois portent des noms encore plus extraordinaires, dont on attribue parfois l’invention au poète Chénier, mais qui seraient plutôt dus à Fabre d’Églantine. Les trois mois de l’automne ont des sonorités graves : vendémiaire (mois des vendanges), brumaire (mois des brouillards), frimaire (mois des frimas, c’est-à-dire des premières gelées). Les trois mois de l’hiver ont des sons plus lourds et longs : nivôse (mois des neiges), pluviôse (mois des pluies), ventôse (mois des vents). Ceux du printemps sont gais, ils sonnent clairs et hauts : germinal (mois de la germination, de la sève, des bourgeons...), floréal (mois des fleurs), prairial (mois des prairies). Quant aux mois d’été, ils sont encore plus sonores, avec un suffixe en -or, comme l’or du soleil d’été : messidor (mois des moissons), thermidor (mois des thermes, des bains), fructidor (mois des fruits).

Bref, on réussit bien à comprendre, en feuilletant les registres, à quel moment on passe d’une année à une autre, mais on peut plus difficilement calculer l’âge qu’avait en 1834 un ancêtre né le 8 nivôse an VIII… Pour faciliter les conversions, il existe heureusement des tables disponibles dans les librairies spécialisées, dans la plupart des salles de lecture des archives départementales, dans la plupart des livres d’histoire portant sur cette période, ou même sur Internet.

Ce fameux calendrier cesse d’exister le 1er janvier 1806 (11 nivôse an XIV). Le calendrier grégorien toujours utilisé par le reste de l’Europe est à nouveau en vigueur en France, y compris dans l’état civil.

Info  : Le calendrier révolutionnaire n’a jamais réussi à s’implanter. Les lettres, les actes notariés donnent d’ailleurs souvent les correspondances des dates « ancien style » et « nouveau style » pour que les lecteurs s’y retrouvent. Ensuite parce que le dimanche reste un jour saint dans de nombreuses régions : on continue à chômer ce jour-là tandis qu’on travaille le décadi. Ou bien on chôme les deux jours !

Des noms de lieux transformés

Sous la Terreur, les noms sont aussi fragiles que les têtes. Les titres et les noms de domaines disparaissent les premiers, les noms des lieux sont modifiés à leur tour à partir de 1792. D’une part pour traduire la volonté républicaine de suppression des anciens titres (Saint-Etienne-les-Orgues devient Mont-Lure). Mais aussi pour déchristianiser le pays (si le nom comprend le terme « saint » ou « sainte », il est systématiquement raccourci, Saint-Michel-l’Observatoire devient Mont-Michel) ou pour désigner une ville royaliste à la vindicte républicaine (Versailles devient Berceau-de-la-Liberté). Pour un seul département, ce sont des dizaines de villes et de villages qui changent de noms, parfois sans aucun lien entre l’ancienne et la nouvelle appellation. Pour le généalogiste, c’est là une difficulté majeure. Comment reconnaître la véritable commune d’origine de ses ancêtres à travers ce « masque » ? Un premier réflexe consiste à ajouter « Saint » devant le lieu cité dans l’acte pour voir si l’on retombe sur un lieu connu. Le second réflexe est d’interroger un érudit local ou le responsable de la salle de lecture des archives départementales.

Les noms de rues sont aussi modifiés (les boulevards du Roi et de la Reine à Versailles deviennent ceux de la Liberté et de l’Égalité) mais cela ne gêne le généalogiste que si ses ancêtres sont originaires de villes importantes et qu’il souhaite retrouver leur maison. Pour le clin d’œil, rappelons que les censeurs de la Révolution vont jusqu’à retoucher les textes littéraires : une « place Royale » citée dans une pièce de Corneille est remplacée par une « place des Piques » !

Des mariages dans les chefs-lieux de cantons

Enfin, dernière caractéristique à connaître, les mariages de 1798 à 1800 sont obligatoirement enregistrés tous les décadis dans les chefs-lieux de canton. Si l’on ne le sait pas, on risque de chercher longtemps les mariages des ancêtres de cette époque dans des villages où les mairies n’en célèbrent aucun…

Gilles Prévost,
Rédacteur en chef,
Généalogie Magazine

Article initialement paru dans le Journal du Village des Notaires n°63

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