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Recrutement : le marché du notariat en pleine transformation

Comme pour toute structure, le recrutement est un moment important pour une étude notariale. Lors de son installation ou de son développement, c’est donc une étape à anticiper au plus tôt. D’autant que le marché de l’emploi change peu à peu, et les attentes des candidats évoluent.

Un besoin de recrutement qui renverse le rapport de force

Alors qu’il était jusqu’ici relativement restreint, le marché de l’emploi dans le notariat a commencé à se développer. Avec l’effet de la loi Macron, et un secteur de l’immobilier fleurissant, le manque de collaborateurs s’est fait ressentir au sein des études, multipliant les offres de recrutement. Cumulés au fait que les nouvelles générations, tous secteurs confondus, ont aujourd’hui de nouvelles attentes vis-à-vis de leur emploi, le recrutement des candidats a donc changé. « Les jeunes générations de diplômés sont moins susceptibles d’attendre pour obtenir un statut que leurs aînés ont acquis à des stades souvent bien plus avancé de leur carrière, explique Artémise Costes, responsable du recrutement chez Coriance Notariat. En outre, les candidats se trouvent aujourd’hui dans une situation de force, avec beaucoup plus de postes à pourvoir, notamment dans l’immobilier professionnel, ce qui crée une distorsion de la relation entre les employeurs et les candidats. » Les recruteurs sont en effet « perplexes face au discours de certains jeunes collaborateurs, et sont parfois contraints de proposer des postes de notaires salariés sur certains niveaux de postes pour les attirer, ce qui peut aussi être mal vécu par les collaborateurs en interne. Cela peut finalement aboutir à l’effet inverse : susciter le départ de quelqu’un qui a le sentiment de ne pas être reconnu. »

Comme l’explique Juliette Leblanc, co-fondatrice de MAJ Consulting, « pour être attractifs et recruter les meilleurs profils, les recruteurs doivent avoir conscience des attentes des candidats. Les notaires assistants ou salariés souhaitent de réelles perspectives d’évolution, une formation et un encadrement selon la séniorité, mais aussi d’être plus en contact avec la clientèle et de pouvoir traiter les dossiers qu’ils apportent à l’étude. Ils demandent aussi un équilibre entre la vie professionnelle et personnelle, ainsi que des rémunérations de plus en plus élevées. Sur ce dernier point, notre rôle, en tant que cabinet de conseil, est d’accompagner les parties afin qu’ils trouvent le bon compromis concernant le niveau de rémunération. Ainsi, ils nous arrivent de tempérer les demandes parfois trop élevées des candidats mais aussi de suggérer aux notaires associés de revoir à la hausse leur grille de salaire afin qu’ils ne passent pas à côtés des meilleurs profils. »
Aux côtés de ces critères pragmatiques, candidats comme employeurs ne doivent pas oublier que l’environnement de travail doit rester un élément important. « J’essaye d’expliquer aux candidats que l’on passe ses journées avec ses employeurs et ses collègues, pour exercer son métier : la part d’envie est alors primordiale, souligne Artémise Costes. Il faut être attentif à ce dont on peut bénéficier sur le plan personnel et intellectuel, trouver une adéquation en terme de valeurs, de projection du métier, d’interrogations sur les évolutions du secteur,… Selon l’environnement, le positionnement ou les dynamiques ne seront pas les mêmes, par exemple par rapport à la clientèle de l’étude, à la dématérialisation, aux nouveaux services proposés, au nouveau positionnement des notaires par rapport aux entreprises,…
L’entretien est une conversation, qui permet de voir si l’on a véritablement envie de travailler ensemble et si l’on peut aboutir à quelque chose de constructif. »

Analyser ses besoins pour déterminer le profil recherché

Pour préparer un recrutement, le notaire doit avoir une première idée du profil dont son étude a besoin, que ce soit d’un point de vue technique ou humain. « Ce qu’il faut, c’est avoir un bon projet, confirme Bertrand Savouré, vice-président de la Chambre des Notaires de Paris. Il faut préparer dès le départ un plan général de développement, et déterminer quel type de clientèle l’on souhaite atteindre, pour connaître ensuite ses besoins en recrutement. Le notaire saura ainsi s’il veut immédiatement avoir des collaborateurs de haut niveau technique pour traiter des dossiers difficiles, ou s’il veut commencer par des dossiers plus simples, il pourra embaucher des collaborateurs plus jeunes. » Il est également important d’avoir une visibilité sur son activité pour pouvoir recruter. Une installation n’est donc pas le meilleur moment pour l’envisager : mieux vaut attendre que sa structure soit un peu lancée. « Une personne qui a une clientèle importante dès son installation devra aller tout de suite vers l’embauche d’un notaire assistant, qui pourra le seconder en autonomie sur les dossiers, explique Juliette Leblanc. Pour une personne seule, et pour qui le développement est plus long, une assistante juridique plus ou moins expérimentée sera plus adaptée, car elle représentera un coût un peu moins important qu’un notaire assistant de 5 ou 7 ans d’expérience. Sans un bon réseau ou l’aide d’un chasseur, ces profils très recherchés restent aussi assez compliqués à trouver. »
« Recruter quelqu’un de polyvalent peut alors être un choix intéressant, propose Artémise Costes. Mais à condition qu’il ait déjà une expérience dans le notariat. Il pourrait intervenir sur la petite comptabilité quotidienne, le standard, l’accueil,... Je pense par exemple à quelqu’un qui aurait déjà une solide expérience dans le notariat, avec une connaissance du fonctionnement d’une étude. Il pourra avoir le rôle de gestionnaire interne, et l’envie de s’investir dans la conduite d’un projet. Cela peut répondre aux attentes de quelqu’un d’expérimenté mais non cadre qui n’aurait plus de pistes d’évolution, tout en soulageant un notaire qui vient de s’installer et qui a besoin de se consacrer à ses propres tâches. »

Savoir ce que l’on attend de cette future embauche permet aussi de déterminer les qualités que l’on doit rechercher chez les candidats. Rigueur, stabilité, technicité, fiabilité, qualités relationnelles, que ce soit avec l’équipe ou avec la clientèle… encore une fois, tout dépend le poste et les besoins de votre activité. « Si vous recrutez un collaborateur qui va traiter des dossiers en permanence et qui verra peu de clients, les compétences juridiques suffiront, explique Bertrand Savouré. Par contre, si l’on veut un collaborateur qui soit capable de répondre et de recevoir des clients, il faut aussi avoir une capacité de pédagogie et de relationnel. » Sans oublier les compétences numériques (Excel, logiciels fournis par les SS2I, …) qui sont aujourd’hui indispensables pour travailler dans une étude … jusqu’à constituer une nouvelle fonction, dédiée au digital et au numérique, quand celle-ci prend de l’ampleur.

Intérim : pour un besoin ponctuel, mais pas une méthode de recrutement

L’intérim est une autre option de recrutement, notamment pour les études qui démarrent depuis peu leur activité et qui connaissent un accroissement temporaire d’activité. Mais elle doit, dans la majorité des cas, rester cantonnée aux besoins urgents. « J’entends parfois certains notaires évoquer l’intérim comme première étape d’une embauche en CDI, mais c’est à mon sens plutôt négatif, explique Artémise Costes. Le recrutement est lié à la confiance, et démarrer sur une période de test, qui existe de toute façon avec la période d’essai, me semble abimer le début de la relation. L’intérim doit répondre à une problématique particulière à un moment donné, mais pas être une mise en bouche dans une relation plus durable. D’autant plus que l’investissement de l’employé ne sera pas nécessairement le même, selon qu’il est en CDI ou en intérim. » « L’autre aspect de l’intérim, ce sont les secteurs où les postes sont difficiles à combler, souligne Juliette Leblanc. C’est le cas par exemple pour la vente en état futur d’achèvement. » Mais l’intérim ne peut définitivement pas combler tous les besoins, notamment lorsqu’il s’agit d’une fonction nécessitant un notaire senior et expérimenté. Il faut donc bien étudier ces impératifs pour savoir si l’intérim est la solution la mieux adaptée.

Pour mieux appréhender un recrutement : pensez à la formation

Le recrutement fait évidemment appel à d’autres compétences que le juridique, pour toutes les étapes que nous avons décrites jusque là : déterminer ses besoins et le poste à créer, jauger les candidats et la relation future qui pourrait être développée, puis manager son équipe au fur et à mesure qu’elle se développe. Faire appel à des cabinets de conseil spécialisés peut être une bonne option : elle permet de bénéficier d’un accompagnement, de gagner du temps dans la recherche et la sélection des candidats, tout en bénéficiant d’une garantie de confidentialité, pour le recruteur comme pour le candidat. Elle est cependant adaptée aux études déjà bien installées, notamment compte tenu du coût – en moyenne 20% du salaire brut annuel du candidat recruté.
Au début de son installation, le bouche à oreille ou les conseils de ses précédents associés seront plus à même d’aider le notaire à trouver son futur collaborateur. Mais pour une meilleure préparation, il est important que le notaire, quand il en a encore le temps, se forme à « toutes les questions autour de l’entreprise, souligne Bertrand Savouré. La dimension entrepreneuriale du notaire devient de plus en plus importante, et il est essentiel de bien appréhender : comment gérer et comprendre son client, comment manager son équipe, comment développer son entreprise, quel plan stratégique mener, … Cela fait aussi partie de notre travail, et c’est vrai que la formation élémentaire du notaire l’aborde peu. » Un bon moyen de débuter son installation, et devenir un bon chef d’entreprise.

Clarisse Andry

Article initialement publié dans le Journal du Village des Notaires n°68

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