Quelle stratégie financière pour un parc automobile ? Par Jordan Belgrave

L’achat d’un véhicule professionnel peut se faire de quatre manières : l’acquisition sur fonds propres, l’acquisition avec crédit, la location avec option d’achat (ou crédit-bail) et la location longue durée. Le choix d’une des stratégies en question est fonction de la situation financière et sociale, de l’organisation et des besoins de chaque entreprise ou collectivité. Idéalement, le choix doit être collégial et faire intervenir les directions administratives et financières, les ressources humaines, les achats et les services opérationnels qui ont besoin de se déplacer.

Acquisition

Les avantages :

Sur le plan financier, l’entreprise qui dispose de trésorerie aura plutôt intérêt à acquérir au moins une partie de son parc. La revente des véhicules, perçue comme une tâche dont la location nous dispense, n’est pas un obstacle à l’achat : les concessionnaires reprennent les voitures anciennes dans la perspectives d’en revendre des neuves. De plus, les véhicules en propriété peuvent tout à fait bénéficier de contrats de maintenance pour vous éviter la gestion du parc.

Sur le plan économique, on ne paye pas le coût financier inhérent à toutes les autres solutions, qu’il s’agisse de crédit ou de location. De plus, l’achat est amorti en 4 à 5 ans en passant cette immobilisation active dans la partie charges d’exploitation, où les amortissements sont déductibles dans la limite maximum de 18 300 € (contre 9900€ pour les voitures particulières émettant plus de 200 grammes de dioxyde de carbone par kilomètre).
En termes d’images, le choix de la marque de la voiture de société est plus libre, et il a toutes les chances d’être plus homogène pour l’ensemble du parc, ce qui est meilleur pour l’image de l’entreprise.

Les inconvénients :

Votre trésorerie supporte le prix total du véhicule. L’achat d’une voiture sur fonds propres se justifie donc lorsque vous disposez d’une importante trésorerie excédentaire, qui ne trouve pas de meilleur usage dans un autre investissement. Ces capitaux immobilisés figurent à l’actif de sa comptabilité.
La TVA n’est récupérable que sur les véhicules utilitaires, et pas sur les voitures de tourisme.
Il ne faut pas non plus oublier que l’achat, l’entretien ainsi que sa possible revente entraînent des coûts administratifs souvent minorés lors de l’achat.

Crédit

Le fonctionnement :

L’entreprise emprunte à la banque et rembourse par mensualités fixes assorties d’un taux d’intérêt. Vous choisissez la durée de votre contrat de financement (de 12 à 60 mois) en fonction de la mensualité souhaitée, donc de votre budget.

Les avantages :

- Les sorties d’argent sont étalées, contrairement à l’achat comptant.
- Le choix de la marque de la voiture de société est libre avec le crédit auto, contrairement aux locations.
- Vous avez la possibilité de revendre la voiture à tout moment.
- L’investissement est déductible des bénéfices imposables.

Les inconvénients :

Si vous décidez de faire un emprunt, vous payez des frais financiers et diminuez d’autant votre capacité ultérieure d’emprunt. Le montant du financement est inscrit au passif de l’entreprise dans les dettes financières.
Il ne faut pas oublier de prendre en compte dans le budget les coûts administratifs liés à l’achat, son entretien, ainsi que sa possible revente.

La Location avec option d’achat (LOA) ou crédit-bail

Le fonctionnement :

A la demande de son client, une société financière acquiert un bien afin de le louer audit client pour une durée (de 3 à 5 ans) et un loyer convenu à l’avance. A l’issue du contrat, le client locataire dispose d’une option d’achat (ou valeur résiduelle), pour un prix fixé au contrat, qu’il peut lever ou non.
Vous louez donc la voiture de société sous forme de mensualités et disposez en fin de contrat d’une option d’achat du véhicule. Lors de la signature est fixée la durée de la phase de location (généralement de 1 à 4 ans), ainsi que le montant des mensualités à payer et le prix de rachat de la voiture. Il est possible de proposer à un salarié d’exercer l’option d’achat, mais cela doit être notifié dans le contrat initial.

L’établissement prêteur est propriétaire jusqu’à la fin du contrat de location (le nom du locataire figure tout de même sur la carte grise).

Les avantages :

Généralement, aucun capital de départ n’est demandé. Dans certains cas, l’agence de location peut demander un dépôt de garantie. Ce dépôt majore le premier loyer (Premier Loyer Majoré) mais, en retour, diminue les mensualités. Il vous est bien sûr rétrocédé au cas où vous n’achetez pas la voiture.

La maintenance et la revente peuvent être entièrement sous-traitées à des prestataires pour ne pas faire peser cette gestion sur vos équipes.

Lors de l’achat, vous devrez en payer sa valeur résiduelle fixée lors de la signature du contrat, sachant que le prix peut varier en fonction du kilométrage et de l’état du véhicule, et être renégocié (à la baisse). En général, le prix d’achat final est plutôt inférieur au prix que vous trouveriez dans une concession, mais il se situe aux alentours du prix du marché. En outre, vous achetez un véhicule dont vous êtes sûr, puisque vous connaissez le ou les conducteurs et savez que l’entretien a été bien effectué.
Financièrement, vous préservez vos fonds propres, car vous ne devez pas débourser le prix de la voiture pour l’acheter, et vous étalez la dépense. Les mensualisations s’adaptent à la trésorerie de votre entreprise grâce à la fixation de la durée de financement, et elles sont définitives jusqu’à la fin du contrat. De plus, vous profitez d’avantages fiscaux puisque les mensualités sont considérées comme des charges et sont donc déductibles de vos bénéfices imposables (dans les mêmes limites que pour l’achat).

En termes comptables, vous n’êtes pas propriétaire de la voiture, et elle n’apparaît donc pas à l’actif de votre bilan.

Les inconvénients :

La LOA est avant tout un montage financier. Elle induit donc un coût supplémentaire par rapport à l’acquisition. Dans des cas très particuliers, l’ apport initial peut représenter jusqu’à 30% de la valeur du véhicule.
En termes comptables, la somme des loyers restant dus figure dans les engagements hors bilan de l’entreprise. Ils sont donc pris en compte pour évaluer sa capacité d’endettement.
Enfin, une offre de LOA est difficile à comparer avec une offre de crédit puisqu’elle ne présente pas de TEG et qu’elle comprend souvent des prestations annexes qu’il convient de détailler pour chiffrer leur coût réel.

La Location Longue Durée (LLD)

Le fonctionnement :

Vous louez une voiture sur une période de 1 à 4 ans pour un kilométrage déterminé.
Au long de la location, ce n’est pas le client mais l’agence de location qui est propriétaire de sa voiture. Mais il peut l’utiliser comme bon lui semble dans le respect des termes du contrat (le kilométrage à respecter par exemple), et son nom figure sur la carte grise.

Les avantages :

Une LLD ne ponctionne pas la trésorerie et lisse la dépense sur la durée totale de la location. Il n’y a ni dépense soudaine, ni amortissement, ni apport, ni dépôt de garantie. Les loyers sont fixés en fonction de critères prévus à l’avance (essentiellement le nombre de kilomètres) et correspondent à un usage réel et non à l’amortissement total du véhicule. Fiscalement, la TVA s’applique sur le loyer mensuel, elle est donc calculée sur la quote-part réellement utilisée et non la valeur totale du véhicule.
Dans la mesure où les sociétés de location négocient des volumes importants auprès des constructeurs, elles sont susceptibles d’obtenir des prix d’achat intéressants. Un autre atout de la LLD tient à la possibilité de réduire le nombre d’interlocuteurs en confiant à l’agence de location l’ensemble de la maintenance et de s’épargner automatiquement le souci de la revente.

Il est possible de changer de véhicule tous les 2 ou 3 ans. Cela vous donne la possibilité de disposer de la garantie constructeur et des meilleures technologies en matière de réduction de sécurité et de consommation d’essence. De plus, les dépenses d’entretien majeurs interviennent statistiquement après les 3 premières années.

En termes de comptabilité, les mensualités sont considérées comme des charges et peuvent être déduites de vos bénéfices imposables (dans les mêmes limites que pour l’acquisition). De manière cruciale, elles ne sont pas présentes dans les dettes du bilan, ce qui préserve la capacité financière.

Les inconvénients :

Le principal inconvénient de la Location Longue Durée est le kilométrage à respecter (par mois ou par année), précisé dans le contrat. Si vous dépassez le kilométrage prévu, d’importantes pénalités financières vous seront appliquées et alourdiront fortement votre loyer mensuel. La LLD est donc un mode de financement qui ne dispense aucunement de gérer sa flotte. D’autres facteurs comme l’optimisation des contrats, les restitutions, les commandes et la maintenance hors contrat représentent des coûts administratifs qu’il ne faut pas négliger.
La Location Longue Durée est un montage financier qui fonctionne selon la réglementation des crédits. Une fois passé le délai de 7 jours pour réflexion, il est impossible de faire marche arrière.

Par Jordan Belgrave

Cet article a été publié dans le Journal du Village des Notaires numéro 33.

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