Portrait des Archives Généalogiques Andriveau.

« Six générations se sont succédé, nos interlocuteurs ont changé, mais notre métier reste égal à lui-même, celui d’artisan de la généalogie »

C’est par la maison Andriveau que la généalogie successorale est apparue en France et en Europe. Lorsque Hippolyte Trannoy, clerc de notaire, consacra une année d’investigations et de déplacements pour établir la dévolution d’un héritage compliqué, puis réalisa que la rémunération ne parvenait pas à la cheville des frais engagés, il fut décidé que la recherche des héritiers aurait désormais son service et sa rémunération à part entière. Les besoins pour un tel service répondaient exactement à la mobilité naissante : «  ce que nous connaissons aujourd’hui au niveau mondial, explique Matthieu Andriveau, 6ème génération d’Andriveau à diriger le cabinet de généalogie, commençait alors au niveau local, avec l’apparition du train, la croissance des villes, l’éparpillement des familles,... ».

En vue de disposer à demeure d’un maximum de sources d’information, des fichiers d’état civil et des registres paroissiaux furent acheminés, pendant un siècle, au sein des locaux du cabinet pour y être recopiés. À telle enseigne que la maison Andriveau dispose aujourd’hui de près de 250 millions de fiches et de 15000 registres paroissiaux, qui vont du 18ème siècle aux années 1930. « Nous recevons parfois des demandes, notamment de chercheurs, qui souhaitent utiliser nos sources sur la période antérieure à 1871, car les destructions de la Commune ont laissé de nombreuses zones blanches dans l’état civil parisien. » Ce travail de copiste a ensuite pris fin parce que l’État ne souhaitait plus qu’un acteur privé profite ainsi des données publiques. « Une attitude que l’on retrouve parfois encore aujourd’hui dans certaines administrations qui hésitent à nous ouvrir leurs portes. »

Initialement située au 16 bis rue de Trévise, la Maison Andriveau trouve son emplacement actuel à l’hôtel Commines de Marsilly, au 18 de la rue du Cherche-Midi, auquel s’ajoute désormais 17 succursales en France. Les 110 employés ont en charge environ 2000 dossiers par an, dans lesquels « nous apprenons à mieux connaître les familles qu’elles ne se connaissent elles-mêmes, ou ne souhaitent se connaître, tant les secrets familiaux sont plus ou moins avouables, ou bien encore nous sommes amenés à reconstituer minutieusement le parcours d’immigrés venus des quatre coins du monde ». Pour Matthieu Andriveau, la généalogie successorale constitue un « acte de service public », et il s’indigne à ce titre de la nouvelle tendance de l’État à court-circuiter les notaires pour s’approprier, dès le 3e mois après le décès d’une personne, des successions considérées vacantes alors même que les héritiers ne sont pas recherchés.

Une dévolution remarquable

Le janséniste Louis Nivelle, avocat au parlement de Paris sous Louis XV, avait caché dans les murs de sa seconde demeure, au 51-53 rue Mouffetard, plus de 3000 pièces d’or qu’il destinait à sa fille légitime, mais le sieur Nivelle mourut en 1757 sans informer sa descendante de l’existence de ce pactole. Celui-ci ne fut retrouvé qu’en 1938, par des ouvriers qui souhaitaient, en tant que découvreurs, s’approprier la plus grande partie du trésor. Amenée devant la justice, mais bloquée par la guerre, l’affaire du trésor de la rue Mouffetard ne trouva son épilogue qu’en 1949 grâce au travail de l’étude Andriveau. Les 84 héritiers de la fille de Louis Nivelle purent ainsi recevoir leur part du trésor.

Propos recueillis par Jordan Belgrave

Article initialement paru dans le Journal du Village des Notaires n°61

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