Les nouveaux acteurs de la philanthropie. Par Sarah-Louise Gervais

La philanthropie est un mode de gestion du patrimoine en pleine mutation qui ne se résume plus aux dons de grosses fortunes en fin de vie mais qui concerne des profils de plus en plus variés : héritiers, jeunes chefs d’entreprise, familles... La diversification de la demande en conseil accompagne celle des clients puisque les modalités de l’action éthique évoluent : investissement dans l’entreprenariat social, fonds de dotations… Les donateurs deviennent des entrepreneurs. Nous vous proposerons au cours des prochains mois une série d’articles consacré au nouveau visage de la philanthropie en commençant par la création de métiers qui assurent une fonction support à la naissance de l’action philanthropique et qui la guide tout au long de sa vie. Il est donc primordial pour les notaires de se familiariser avec ces évolutions tant pour orienter au mieux leurs clients vers de nouveaux partenaires que pour eux-mêmes remplir une fonction de conseil dans le choix d’une action philanthropique.

La Fondation de France

Acteur historique de la philanthropie, la Fondation de France continue aujourd’hui d’occuper une place prépondérante dans le monde de l’action éthique malgré l’évolution des pratiques. Depuis sa création en 1969, l’organisme privé et indépendant fait fonction de trait d’union entre donateurs et associations. En sélectionnant rigoureusement les projets bénéficiaires, elle garantie le sérieux des opérations menées, oriente le choix des donateurs et facilite les aspects techniques de la création de projet en apportant son expertise financière, juridique, fiscale, patrimoniale...

Reconnue d’intérêt général, la Fondation de France est habilitée à recevoir donations et legs octroyant une réduction d’impôt de 66% du montant versé. Elle s’adresse à tous types de donateurs et notamment à ceux qui souhaitent allouer de petites sommes, de façon ponctuelle et sans préférence quant à la cause à soutenir. Son site Internet permet de sélectionner un domaine général d’action et de procéder au don en ligne très rapidement et en calculant immédiatement la réduction d’impôt consécutive.

Choisir son action

Mais aujourd’hui, de plus en plus de donateurs ne veulent plus se contenter de signer un chèque en faveur d’une association, ils veulent choisir une action qui leur corresponde et qu’ils auront plaisir à suivre, sans pour autant exercer un droit de regard. Lors des Assises de la Philanthropie, organisées par l’Institut Pasteur le 23 juin 2011, Geoffroy Roux de Bézieux entrepreneur talentueux et philanthrope, a insisté sur le principe de plaisir qui devrait animer toute action philanthropique.

Pour que la philanthropie soit effectivement joyeuse, il est primordial de déterminer en amont le choix de l’engagement. Pour ce faire, les notaires peuvent orienter leurs clients vers de nouveaux partenaires. La Fondation de France propose à cet égard un service dédié aux grands donateurs, c’est-à-dire à partir de 20 000 euros de don. Elle leur propose de choisir parmi trois fonds de soutien thématiques (aider les personnes vulnérables, développer la connaissance, agir pour l’environnement) puis les accompagne afin d’affiner le projet. Certaines banques mettent aussi en place ces véritables services de coaching pour accompagner leurs clients dans l’intégralité de leur démarche, de l’incubation du projet à la donation ou à l’investissement eux-mêmes. Ainsi, à la BNP Paribas, Nathalie Sauvanet, responsable du service de l’Offre Philanthropique accompagne parfois ses clients pendant plus d’un an pour faire mûrir le projet. Des sociétés spécialisées, telle que L’Initiative Philanthropique proposent également de mettre en place de véritables stratégies d’action philanthropique.
Ainsi, les projets qui ont pris le temps d’être mûris ont plus de chance de s’inscrire dans la durée, sans être abandonnés en cas d’économie vacillante.

Investir dans la philanthropie

Pour les philanthropes à qui le don ne suffit pas et qui souhaitent s’impliquer encore davantage en s’assurant de l’efficacité de l’action menée, l’entreprenariat social est la solution la plus adaptée. Ils sont ainsi de plus en plus nombreux à s’orienter désormais plutôt vers l’investissement que vers le don, jugé moins stimulant. Les banques ou les sociétés de microcrédit proposent maintenant aux investisseurs des placements sociaux intéressants.

La société PlaNet Finance, présidée par Jacques Attali accompagne les projets de microcrédit afin « d’aider les populations pauvres à développer une activité génératrice de revenus de manière autonome afin d’améliorer leurs conditions de vie de manière durable » (site internet PlaNet Finance). L’idée n’est donc plus de donner pour aider ponctuellement mais d’investir pour soutenir durablement. De façon similaire, partant de l’idée qu’"il n’y a rien de plus puissant au monde qu’une idée nouvelle lorsqu’elle est dans les mains d’un véritable entrepreneur", la société Ashoka repère et fédère des projets d’entreprenariat social afin de faciliter leur développement.
Les banques et les fonds d’investissement s’intéressent également à la question. La Barclays Wealth organise ainsi la rencontre du monde des affaires et de la philanthropie. Elle a récemment mené une enquête sur les pratiques philanthropiques des millionnaires à travers le monde afin d’identifier au mieux les différents potentiels (Rapport de recherche mené en coopération avec Ledbury Research « Les dons dans le Monde : la culture de la philanthropie »).

Communiquer sur son action

La question de la communication autour de l’action philanthropique cristallise de nombreuses polémiques. Alors que la culture anglo-saxone est relativement décomplexée sur le sujet, en France, l’idée, selon laquelle l’action philanthropique doit être absolument désintéressée, reste pérenne et toute tentative de communication semble compromettre la noblesse du geste. Ainsi, un anonyme, bras droit d’un milliardaire, confiait au journal Le Monde le 31 août 2011 « Aux Etats-Unis, on réussit à travers la richesse que l’on crée, donc il est naturel de la redistribuer. Alors qu’en France, on est suspect. Si on fait un don, c’est forcément pour être défiscalisé ou par repentance ». Par conséquent, les entreprises qui affichent clairement leur engagement sont souvent accusées de philanthropie marketing ou cosmétique. Bien que l’écueil soit réel, la communication ne doit cependant pas être négligée. L’amélioration de l’image de l’entreprise grâce au pro bono est incitative au même titre que les dispositions fiscales. Il conviendra cependant pour éviter toute dérive cosmétique de veiller à la cohérence de l’action philanthropique par rapport aux pratiques de l’entreprise afin de dépasser l’aporie : création d’un dommage pour faire prospérer l’entreprise économique / réparation ultérieure au nom de l’action philanthropique.
Du côté des bénéficiaires, les entreprises sociales se professionnalisent et ont elles aussi besoin de maîtriser leur communication. À la suite des scandales qui ont terni l’image du milieu, elles ne peuvent plus se contenter d’affirmer qu’elles agissent pour le bien. Elles doivent rétablir la confiance des donateurs qui attendent désormais des messages clairs et des explications concrètes sur l’affectation des fonds.

Pour répondre à cette demande, des agences de communication, spécialement dédiées aux entreprises durables voient le jour. C’est par exemple le cas de l’agence Maxyma qui accompagne entreprises sociales et associations dans la mise en place d’une stratégie de communication pour leur conférer plus de lisibilité et, comme l’explique Pierre Bocquiny, le Président de l’agence leur permettre d’« affirmer plus fortement leurs engagements, nourrir et révéler le sens de leurs actions, renforcer les alliances autour de leur projet pour en démultiplier les forces ».

Face à l’émergence de ces nouveaux métiers, c’est donc un tout nouveau paysage de la philanthropie qui se dessine et qui mérite d’être approprié par le notariat.

Par Sarah-Louise Gervais
La Rédaction du Village des Notaires


Cet article a été publié dans le Journal du Village des Notaires n°24.

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