Le profil de la générosité, un miroir de la société

Le don exprime la solidarité, la compassion, l’attachement à des valeurs communes d’entraide et de secours. L’Observatoire des générosités et du mécénat étudie régulièrement, sous l’égide de la Fondation de France, le profil des donateurs et l’état général de la générosité. La crise qui frappe l’économie depuis 2008 n’a, semble-il, pas eu de répercutions massives sur le degré de générosité des français. Selon les derniers chiffres connus, avec 56% de la population âgée de 15 ans et plus, on garde un taux égal aux années précédentes.

En outre, le Baromètre révèle que les Français n’ont pas abandonné les dons d’argent. On note cependant qu’à l’intérieur d’un volume de dons constant les rôles se redistribuent. Certaines catégories, plus fragiles économiquement, les couples avec charge de famille, les revenus les plus bas, baissent leur contribution monétaire. Elles tendent à convertir leur action de générosité vers des contributions non monétaires, à travers des dons de nourriture, de vêtements et des dons de temps. Dans le même temps, d’autres catégories renforcent leurs efforts : les hauts revenus, les personnes les plus âgées, mais aussi les Papy boomers qui effectuent depuis huit années une progression régulière de leur contribution en argent, confortant ainsi les tendances observées début 2008 par l’Observatoire.

Les différentes lois de finances ont par ailleurs créé une incitation fiscale forte. La loi d’août 2003 relative au mécénat, aux associations et aux fondations, en réduisant le coût final du don pour le donateur, a été un moteur puissant pour la générosité, notamment pour les ménages les plus aisés. Le séisme d’Haïti a par ailleurs bien montré que les donateurs savent se mobiliser dans l’urgence quand une catastrophe frappe. Mais les inondations au Pakistan, pourtant totalement dévastatrices, montrent aussi que les limites de la générosité sont atteintes dès lors que la cause est perçue comme lointaine.

Selon les chiffres collectés par l’Observatoire, en 2008 « l’aide aux personnes en difficultés en France gagne de nombreux donateurs, notamment par des dons en nature. La santé, troisième préoccupation des citoyens consommateurs pour eux-mêmes, consolide sa seconde position du point de vue des dons. L’aide aux pays du Tiers-Monde perd quatre points quand le soutien au développement local et à la vie de quartier en gagne l’effort en matière de dons en argent est essentiellement porté par les générations âgées de plus de 50 ans. Il révèle aussi que les papy-boomers ont accru leurs contributions généreuses en argent depuis 2002 de près de dix points.

Deux tranches de revenus conservent un comportement plutôt à la baisse à l’égard du don d’argent : les bas revenus ainsi que les tranches de revenus intermédiaires situées entre 2300 et 3000 euros. ». On voit là l’expression des difficultés qui atteignent ce que l’on appelle la classe moyenne. Cette catégorie de revenus intermédiaires (2300 à 3000 euros mensuels) est constituée de personnes plus jeunes que la moyenne nationale, avec 66% de personnes en dessous de 50 ans. Ce sont des ménages aux budgets alourdis par la stagnation des revenus et l’alourdissement des charges quotidiennes.

Avec l’augmentation des prix, ils sont probablement amenés à réduire leurs dons en argent et à transférer leur solidarité sur des dons de vêtements, de nourriture et de temps. Les ménages disposant de moins de 1000 euros mensuels représentent 11% de la population. Cette catégorie des bas revenus est constituée de personnes un peu plus âgées que la moyenne nationale (50% de personnes de plus de 50 ans, contre 43% sur la population globale et 28% de plus de 65 ans contre 20% au national), vivant très majoritairement seules (à 73%).

Disposant de très bas revenus ces personnes subissent de plein fouet la hausse des prix, ce qui semble se répercuter sur leur générosité en argent. De façon générale, il est remarquable que ceux qui ont l’habitude de donner tiennent, quelles que soient les difficultés du moment, à maintenir l’expression de leur solidarité. Contraints de réduire leurs dons en argent, ils donnent en nature ou en temps, venant ainsi renforcer le fort contingent de bénévoles qui œuvrent en France.

Au delà de 3000 € mensuels, la tendance des dons par chèques et virements est à la hausse ou à la reprise en nombre de donateurs, concernant les fréquences ces tranches intensifient aussi leurs pratiques : on observe une augmentation de la part des personnes donnant plus de quatre dons par chèque dans l’année. Il sera intéressant de connaître les chiffres détaillés de la période actuelle qui donneront des indications précises sur le moral des français et leur capacité à demeurer ouverts sur les difficultés des autres. N’oublions pas, en outre, que la générosité peut s’exprimer de façon particulièrement efficace par les legs. Le notaire est l’interlocuteur naturel de tous ceux qui ont la volonté d’utiliser ce moyen pour venir en aide à une cause qui leur est chère.

Alain LE PORS

Cet article a été initialement publié dans le Journal du Village des Notaires n°13.

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