Le cas particulier d’Emmaüs dans sa relation avec les notaires.

Dans le paysage des entreprises de débarras, Emmaüs occupe une place atypique. Le travail des communautés Emmaüs - comme plus largement des société de débarras - est parfois méconnu des Notaires, l’occasion pour nous de faire le point et de poser quelques repères :

La petite communauté Emmaüs qui s’est créée à Neuilly-Plaisance autour de l’abbé Pierre a besoin de gagner sa vie. C’est alors qu’un des compagnons, Auguste Le Gall, un breton, propose : " Je connais un moyen de récupérer de l’argent sans mendier, c’est la récupération, la biffe ". Les chiffonniers d’Emmaüs sont nés.

Ce petit rappel historique pour se souvenir - toutes les entreprises de débarras un peu anciennes l’ont en mémoire - qu’il fallait travailler à la charrette à bras et faire du porte à porte. A l’époque, la revente du carton et du chiffon, une activité rémunératrice, va permettre le développement de récupérateurs dans toute la France. Puis les groupes diversifient leurs activités vers le collectage à domicile. C’est alors pour Emmaüs le développement des " salles de ventes ", qui s’installe sur fond de crise économique, d’accroissement du chômage et d’un engouement du public pour les objets anciens et de seconde main : vente de " bric-à-brac ".

La plupart des entreprises de débarras appartiennent au secteur marchand. Ce dernier est compliqué, la concurrence est sévère, le débarras n’est pas un métier facile, pas si lucratif qu’on ne se l’imagine. Là où les communautés n’interviennent pas, nettoyage ou débarras des matériaux non récupérables, ce sont ces entreprises de débarras qui le font. Ces dernières assurent ces services, facturés en fonction du travail fourni. De plus, le secteur des " encombrants " n’est pas toujours assuré par les collectivités locales ; dans ce cas, ce sont aussi les sociétés de débarras qui s’en chargent.

Dans ce paysage, le cas d’Emmaüs est inhabituel puisque que sa vocation première est la solidarité : le social avant l’économique.

Ainsi à Emmaüs, le don prend de multiples dimensions :
- il rend service au donateur qui peut se débarrasser gratuitement de ce qui l’encombre, tout en étant assuré de la réutilisation sociale du matériel,
- il rend service à la communauté qui travaille sur cette activité de la récupération et fait vivre ses compagnons
- il rend service à l’acheteur qui peut, à bas prix, se procurer du
matériel de second usage et en bon état.
- il permet des actions de solidarité au niveau local et international,
- et il répond à une diminution des déchets par une activité de
récupération et de réutilisation en amont

Au delà du collectage classique auprès des particuliers, il y a ce qui est lié au décès des personnes. Lorsqu’il existe des dispositions testamentaires précises les sociétés de débarras interviennent lors des successions ; l’autorisation d’intervenir est donnée par le Notaire qui en est chargé. Là où les entreprise peuvent parfois être " embarrassées à débarrasser ", c’est dans le délai de réalisation : nous n’ignorons pas qu’une fois le " feu vert émis ", il faut bien souvent que l’opération soit menée très rapidement. Or, surtout dans les grosses agglomérations, les demandes quotidiennes des clients ou des donateurs, les difficultés de stationnement, le travail conséquent parfois demandé par le traitement des matières… entraînent parfois des délais un peu longs. Aujourd’hui, les récupérateurs peuvent se féliciter d’avoir de bonnes relations avec les Notaires, ces derniers les font intervenir dès que c’est nécessaire.

Plus largement, par l’expérience accumulée depuis plusieurs décénies, les opérateurs du débarras sont maintenant sollicités sur les questions de tri, recyclage, voire même démantèlement des déchets des ménages et des entreprises. La question de la réduction des déchets à la source est en 2007 une problématique qui intéresse toutes les collectivités locales.

De son côté, par son action, en réconciliant l’économique et le social, le Mouvement Emmaüs reste fidèle au message originel et aux combats de son fondateur. L’Abbé Pierre a réussi un certain nombre de tours de force, celui là n’est pas des moindres !

Paul LIMAGNE
Secrétaire national UCC Emmaüs

Paru dans "La Revue des Notaires"

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