La professionnalisation du secteur associatif.

A l’origine de nombreuses innovations, les associations sont devenues des acteurs majeurs de la vie économique, sociale, humanitaire, culturelle et même sportive de notre pays.
Le tissu associatif français est très riche. En France, près de 70 000 nouvelles associations se créent chaque année. On dénombre de ce fait près de 900 000 associations en France, pour un budget cumulé qui avoisine les 60 milliards d’euros.

Parmi cette multitude de structures, 172 000 associations sont dites « employeuses ». Peu souvent perçu comme pourvoyeur d’emploi, le secteur génère tout de même plus d’1 million d’emplois en équivalent temps plein.

C’est donc un secteur extrêmement dynamique, qui doit réussir le pari de la professionnalisation s’il veut préserver ses richesses. En effet comme toute organisation, les associations doivent faire face à un cadre réglementaire qui évolue et répondre à de nombreuses problématiques de gestion financière et de ressources humaines.

Toute association a des préoccupations financières : les associations nécessitent une gestion financière exemplaire pour être pérenne ; et les associatifs sont souvent avant tout des militants, pas des gestionnaires. Les associations ont également des contraintes juridiques : la réglementation s’est considérablement densifiée, si bien que depuis 2000 on compte pas moins d’une dizaine de nouvelles lois sur les finances, le mécénat, les relations avec les financeurs publics. Qu’ils soient publics ou privés, les donateurs exigent une transparence exemplaire sur la gestion des fonds, d’autant plus forte qu’on pardonne moins une faute de gestion à une association qu’à une entreprise… Enfin le bénévolat, qui est une richesse du monde associatif, requiert un management à part entière.

La complexification du contexte socio-économique, le désengagement progressif de l’Etat de certaines de ses missions sociales, la diversification des acteurs intervenant dans le secteur associatif, sont autant de facteurs conduisant les associations à se structurer, s’adapter et se développer.
Afin de répondre à ces contraintes, la professionnalisation du secteur, dans le sens d’une augmentation de la proportion du nombre de salariés par rapport au nombre de bénévoles est devenue inéluctable.

Dans tous les domaines (humanitaire, social, environnement, recherche médicale…) les associations comptent aux côtés des bénévoles de plus en plus de salariés, lesquels sont de plus en plus diplômés. En France, plus de 20% des 27 000 entreprises de 50 salariés et plus sont en fait des associations.

Les bénévoles quant à eux se voient réclamer chaque jour davantage de compétences, d’assiduité et de professionnalisme pour mener à bien leurs missions.

Près d’un million de personnes travaillent dans l’associatif. Pour parvenir à conserver ce taux d’emploi, ainsi que d’amener le secteur associatif à la professionnalisation, plusieurs méthodes sont employées notamment la création de services de ressources humaines au sein des associations et la gestion managériale des bénévoles par un responsable attitré.

Dan Ferrand-Bechlann, dans son livre intitulé « Le métier de bénévole », énonce que l’on demande aux bénévoles d’être de plus en plus professionnels. Le bénévolat mettant aujourd’hui en œuvre plus de compétences et non une simple « bonne volonté. »

Le sport illustre ce phénomène. La professionnalisation du sport entraine une professionnalisation du milieu, des acteurs. Les bénévoles et employés sont fortement invités à suivre des formations pour être plus fonctionnels dans leur activité.

Maryse Varet, Directrice du dispositif Emmaüs dans le Val-de-Marne explique que « ma fonction se trouve à la frontière du bénévolat et du professionnalisme. » Ceci étant, malgré les exigences croissantes qui lui sont demandées, elle invite « à ne pas avoir peur de la professionnalisation. » D’autres membres du débat souhaitent clarifier le distingo trop faible entre travail rémunéré et bénévole. Ils insistent sur « la pression qui existe afin de professionnaliser et de rémunérer les bénévoles. »

Mais certaines associations, les plus grosses, reçoivent, de l’aveu même de leurs responsables, trop de demandes d’aide bénévole. En effet, les tâches auxquelles veulent contribuer certains bénévoles engendrent trop de responsabilités et justifient par là même la création d’un poste salarié. Interrogés par l’INSEE en 2004, les bénévoles confirment leur baisse d’assiduité : 66 % des bénévoles déclarent avoir rendu des services à l’association ou à l’organisme seulement à certaines périodes (contre 34 % régulièrement). Sur ces 66 %, 21 % reconnaissent n’avoir travaillé ou rendu des services qu’un seul jour (c’est la plus grosse proportion) sur les douze derniers mois, 18 % ensuite déclarant avoir rendu ces services durant un ou moins de deux mois.

Moins disponibles, ils avouent pourtant attendre, en « contrepartie » de leur engagement, plus qu’avant. Ainsi, le bénévolat peut être une façon pour les jeunes étudiants de se forger une expérience professionnelle qu’ils pourront mettre en avant sur leur CV et les aidera à trouver leur premier emploi rémunéré.

Parmi les bénévoles, les jeunes retraités sont nombreux à apporter leur aide et à faire partager leur précieuse expérience au sein des associations. Cet engagement bénévole leur permet de continuer à rester actif pendant leur retraite et à faire de nouvelles connaissances.

Quel que soit le profil du candidat au bénévolat : « nouveau senior », « jeune » ou actif, et en dépit des motivations et des compétences diverses que leur confère leur situation, il semble que tous poursuivent aujourd’hui une logique d’épanouissement personnel : l’investissement doit « apporter » quelque chose en retour, ne serait-ce que la satisfaction de s’être rendu utile ou d’avoir fait partager son expérience professionnelle passée.

Certaines associations sont allées plus loin pour « professionnaliser » leurs bénévoles, à l’instar d’ « Espace 19 », association de services, organisée dans le 19e arrondissement de Paris, qui a institué, d’une part, un « contrat de bénévolat », défini comme un engagement mutuel entre l’association et le bénévole et, d’autre part, un « référent bénévole ». Le premier formalise les engagements du bénévole et ceux de l’association, tout en permettant chaque mois de se reposer la question du choix de l’activité accomplie par le bénévole. Témoin de la volonté de l’association d’offrir un vrai engagement au bénévole, il permet également de le fidéliser et de lui rappeler si besoin ses promesses en cas de négligence. Le second, appelé « référent » est un membre (et son suppléant) nommé en conseil d’administration, responsable des ressources humaines salariées et bénévoles. Il est à l’écoute du bénévole et assure la liaison avec les instances dirigeantes.

Si ces pratiques sont très spécifiques et correspondent à un secteur bien déterminé, à savoir la lutte contre les exclusions, elles sont néanmoins représentatives d’une logique de fond de professionnalisation que l’on constate aujourd’hui dans tous les domaines du secteur associatif.


FT

Cet article a été publié dans le Journal du Village des Notaires n°20.

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