La philanthropie européenne ne connait pas la crise.

La philanthropie européenne connait aujourd’hui de nombreux signes encourageants quant à son avenir. Pourtant la générosité s’exprime en Europe dans une multitude de contextes différents (héritages culturels, difficultés économiques, contexte fiscal, conception du rôle de l’individu et de la collectivité, structuration du secteur caritatif, etc.) et il existe autant de visages de la philanthropie européenne que de pays.
Réalisé par la Fondation de France en partenariat avec le Centre d’Etude et de Recherche sur la Philanthropie, le panorama de la philanthropie en Europe vise à contextualiser le rapport au don et à la philanthropie dans dix pays européens (Allemagne, Belgique, Espagne, France, Italie, Pays-Bas, Pologne, Royaume-Uni, Suède, Suisse).

Le secteur des fonds et fondations en pleine croissance

Le nombre de fondations est en très forte croissance depuis deux à trois décennies partout en Europe. Si certains pays ont une longue tradition philanthropique, le visage des fondations européennes est aujourd’hui jeune et dynamique, signe de la progression de la culture philanthropique et effet de l’évolution des cadres juridiques et fiscaux.

Le nombre total de fondations estimé pour l’ensemble des 10 pays étudiés s’élève à 106 644, les pays regroupant le plus grand nombre de fondations étant l’Allemagne, la Pologne et l’Espagne.

Avec un total de 17 milliards d’euros de dépenses en 2014, les fondations allemandes arrivent largement en tête des pays européens.
Peu nombreuses, les fondations françaises sont parmi les plus actives d’Europe (1/7ème du total des dépenses des fondations). La France arrive en effet en tête du classement des dépenses annuelles moyennes par fondation, avec un budget moyen de plus de 2 millions d’euros par an.

La générosité des particuliers évolue très différemment d’un pays à l’autre

La population des 10 pays européens interrogés compte 44,3% de donateurs pour un montant total de dons de 24,4 milliards € (9 pays). Cette moyenne cache de forts écarts selon les pays : 85% de donateurs aux Pays-Bas, et seulement 19% en Espagne.

La France, en 4ème position, fait partie des pays où la générosité individuelle progresse, avec la Belgique et l’Allemagne.

A contrario, bien que le volume des dons britanniques surpasse fortement celui des autres pays européens, celui-ci est en diminution constante, et connait actuellement son niveau le plus bas depuis 2004.
Le total des dons espagnols est également en baisse (-47% en 8 ans), essentiellement du fait de l’abaissement de la contribution moyenne par donateur.

Solidarité internationale, action sociale et religion sont les causes prioritaires des Européens

Les principales causes soutenues dans les différents pays dessinent des conceptions différentes de la solidarité.
En France, les solidarités nationales priment : les donateurs français, tout comme les espagnols, donnent avant tout pour leurs compatriotes les plus vulnérables (37% des dons).
Pour les Allemands, les Belges et les Suisses, l’aide internationale et humanitaire est la priorité : 74% du total des dons allemands, 61% des dons belges, et 43% des dons suisses y sont consacrés.
Aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, c’est la religion qui est la première cause soutenue par la philanthropie individuelle.

L’incitation fiscale contribue à accroitre le montant des dons

Dans la plupart des pays où l’impôt est élevé, la part de la population donatrice est plus faible (France, Belgique, Italie). Quant aux avantages fiscaux (proposés dans l’ensemble des pays étudiés), leur incidence se situe davantage au niveau des montants versés que du choix de donner ou non.
En France et au Royaume-Uni, pays présentés comme ayant des systèmes fiscaux relativement plus incitatifs qu’ailleurs, le don moyen est le plus élevé d’Europe, alors que la proportion de la population donatrice reste moyenne.

Quelques éléments marquants par pays

Le Royaume-Uni : le pays du don
Un donateur européen sur cinq est britannique. En valeur absolue, le Royaume-Uni est très largement le premier contributeur de la générosité individuelle européenne : les donateurs britanniques contribuent à hauteur de 11,5 milliards d’euros, soit près de la moitié du total des dons européens (24,4 milliards d’euros).

L’Allemagne : le pays des fondations
Les fondations allemandes sont les plus nombreuses d’Europe et apportent, avec 17 milliards d’euros, la plus forte contribution pour un pays (près d’1/3) au total du budget des fondations en Europe (54 milliards d’euros). On citera à titre d’exemple la Fondation Robert Bosch (5 milliards d’euros d’actifs), et la Fondation Volkswagen (119 millions d’euros de subventions attribuées par an).

La Pologne : un exemple d’émergence philanthropique
Malgré le peu de données disponibles, nous avons choisi d’inclure dans ce panorama européen la Pologne, dont le secteur philanthropique a connu une émergence récente, encouragé par des soutiens des Etats-Unis et d’autres pays d’Europe dans la période post-communiste.
Avec près de 16 000 fondations, la Pologne abrite près de 15% des fondations d’Europe. Néanmoins la plupart sont très faiblement dotées : les relais locaux doivent se renforcer pour mobiliser des financements.
L’engagement citoyen est également dynamique : alors que la proportion de population donatrice est l’une des plus élevées d’Europe (70%), les Polonais sont également de plus en plus nombreux (57%) à opter pour le reversement d’1% de leur impôt à des organismes du secteur caritatif qu’ils peuvent désigner.

Europe versus Etats-Unis : quels enseignements ?

En ce qui concerne la part de la population donatrice et les montants de la générosité des particuliers, l’Europe fait pâle figure face aux Etats-Unis (Europe : 44,3% de donateurs, total des dons rapporté au PIB : 0,2% - USA : 95,4% de donateurs, total des dons rapporté au PIB : 1,5%).

Mais il est possible d’apporter quelques nuances aux idées reçues sur l’hégémonie américaine en matière de philanthropie. Le total estimé des dépenses engagées par les fondations d’Europe est équivalent à celui des fondations américaines (54 milliards d’euros pour 9 pays européens - 71 milliards de dollars pour les Etats-Unis, soit 53,5 milliards d’euros). En valeur relative (rapportée au PIB), le secteur des fondations d’Europe est autant engagé que son homologue américain (0,45%).

Alors même que le patrimoine philanthropique (somme des actifs des fondations) est beaucoup plus conséquent aux Etats-Unis qu’en Europe, l’affectation de cette richesse à des actions d’intérêt général est bien plus dynamique en Europe. La moitié des pays européens étudiés, dont la France, présentent un indice de vitalité philanthropique (rapport dépenses/actifs des fondations) plus élevé que celui des Etats-Unis. Cela s’explique par le fait que les fondations américaines sont majoritairement des fondations de capitalisation ou de stock, tandis que le modèle dominant et en croissance en Europe est la fondation de flux.

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