La naissance du « philanthreprenariat »

En partenariat avec Le Monde Argent, l’Institut Pasteur organisait et accueillait hier la deuxième édition des Assises de la Philanthropie. Les réflexions de fond sur l’évolution de la culture de la philanthropie se sont mêlées à des ateliers plus pratiques permettant de découvrir les subtilités des instruments dédiés à la mise en œuvre du don : fiscalité, formes juridiques, intermédiaires… Les discussions menées au cours des différentes conférences ont convergé vers l’apparition d’un nouveau modèle de philanthropie décomplexée : le « philanthrepreneur ».

La matinée : une nouvelle culture de la philanthropie

La philanthropie est en pleine mutation. La nouvelle génération de philanthropes ne se contente plus de signer aveuglement des chèques au bénéfice des associations. Elle souhaite désormais sélectionner avec soin les projets bénéficiaires et s’assurer l’efficacité des actions menées. Bref, c’est avec un regard d’entrepreneur qu’elle aborde aujourd’hui la philanthropie.

Voilà l’idée majeure qui s’est dégagée des tables rondes réunissant notamment Jacques Attali, Pierre Bergé, Geoffroy Roux de Bézieux, Olivier de Guerre, Virginie Seghers et Maurice Tchenio. Tous étaient invités au titre de leurs activités philanthropiques. Geoffroy Roux de Bézieux, qui s’est forgé une fortune en créant The Phone House puis Virgin Mobile, a ainsi présenté l’action qu’il mène avec son épouse au travers de la fondation caritative Araok sous l’égide de la Fondation de France. Il a prôné une philanthropie décomplexée, axée autour du plaisir ressenti à la vue de projets sociaux bien menés et utiles. De son côté, Jacques Attali a partagé son expérience de Président de PlaNet Finance, la plus importante institution mondiale de soutien à la microfinance. Il a appelé au développement d’un « capitalisme patient ».

Désengagement de l’État, campagnes publicitaires déguisées en philanthropie, les écueils de l’action philanthropique ont également été abordés.


L’après-midi : les instruments de la philanthropie

Les ateliers de l’après-midi étaient davantage tournés vers les questions techniques soulevées la mise en œuvre de l’action philanthropique au travers notamment des problématiques de fiscalité, de forme juridique et de mise en relation des bienfaiteurs et des bénéficiaires.

Le système fiscal français est apparu comme l’un des plus incitatifs au monde en ce qui concerne les dons à des associations nationales reconnues d’utilité publique. En revanche, la question de la générosité transnationale s’est avérée plus épineuse tant il est difficile de défiscaliser un don versé à l’étranger.

Nathalie Sauvenet, créatrice au sein de la BNP Paribas Wealth Management d’un service d’accompagnement en philanthropie des grands clients, a insisté sur le rôle majeur que pouvaient jouer les banques en tant que facilitateur de l’action philanthropique en mettant en relation fortunes et projets. Ces démarches « coachées » sont mûries entre six mois et deux ans de façon à ce que l’action, une fois engagée, soit durable et non indexée sur la bonne santé des marchés financiers.

Le colloque s’est achevé sur une réflexion sur la forme juridique la plus adaptée à l’action caritative : association, fondation, utilité publique ou non, fonds de dotation… Malgré une certaine illisibilité due à la complexité des différentes formes, les montages juridiques français ont été jugés relativement efficaces. L’association loi 1901 semble avoir encore de beaux jours devant elle, même si les abus de certaines collectivités publiques ont été soulignés.

Sarah-Louise Gervais
Pour la rédaction du Village des Notaires

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