La généalogie, une science qui en éclaire bien d’autres, par Alain Le Pors.

« Renouant des fils que le temps a distendus, restituant des souvenirs disparus des mémoires, le généalogiste successoral devient un thérapeute. Chaque jour il démontre que la famille garantit l’avenir. Elle défit les saisons, les vents et les tempêtes comme un arbre enraciné dans la plaine ». Cette phrase est de Pierre Kerléveo, généalogiste à Lille, membre de l’Association des Amis de la Fondation pour le droit continental et ancien président de la Chambre des généalogistes successoraux de France. Elle dit bien ce qui, au delà de la mission qu’ils peuvent recevoir du notaire ou des héritiers, anime les généalogistes successoraux. En cela, ils sont en parfaite harmonie avec les notaires dont ils sont les partenaires dans leur rôle de
gardiens des patrimoines familiaux et de leur juste transmission.

La généalogie est l’une des plus anciennes sciences du monde. Elle conduit à la connaissance complète des familles. Le premier ouvrage généalogique est sans aucun doute la Bible elle-même qui relie le Christ à Abraham et à Adam. Les mythologies grecque et romaine nous enseignent les liens familiaux qui unissent les dieux, les héros et les hommes. Ce n’est toutefois qu’aux 17ème et 18ème siècles que la généalogie moderne a commencé à apparaître. Parmi les premiers travaux de cette généalogie moderne, on ne peut manquer de signaler la somme de neuf volumes de mille pages rédigée par Pierre Guibours né en 1625 et connu en religion sous le nom de Père Anselme de Ste Marie. Son « Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de France » explore chaque duché, chaque seigneurie, chaque marquisat : tous les comtes, les barons, les Pairs de France, les évêques, etc., y sont représentés par une notice. Parfois succinctes avec un simple état-civil, ces notices peuvent aussi fréquemment êtres livrés avec une généalogie et un historique complets. Rien n’échappe au Père Anselme, qui nous fournit des informations sur des familles ayant vécu au Moyen-âge, comme sur d’autres contemporaines de son époque. De nombreux blasons sont également représentés dans un chapitre spécifique.

Auxiliaire de l’historien, la généalogie nous révèle des faits incontestables et qui peuvent en surprendre plus d’un. Par exemple que Louis XVI ne compte parmi ses soixante-quatre quadrisaïeules que huit français mais trente-quatre germaniques et seize polonais…

La généalogie n’est pas seulement l’alliée des notaires et des historiens. Elle est aussi utile à la recherche médicale, à la démographie, aux sciences humaines et sociales. L’informatisation, la découverte de l’ADN et les applications qui se développent chaque jour, le brassage de populations induites par le développement des transports et la mondialisation, les nouvelles formes de construction de la famille : autant de phénomènes qui bouleversent les travaux des généalogistes qu’ils soient successoraux ou familiaux et leur apporte bien des difficultés nouvelles. Cette mobilité des familles implique que les généalogistes successoraux s’adaptent. La Chambre des généalogistes successoraux de France a ainsi créé un réseau international de correspondants. « Chaque semaine, précise Pierre Kerléveo, nous retrouvons des ayants droit sur tous les continents. Cette « mondialisation » a conduit à la création d’un statut de correspondant étranger. Ce réseau, le premier, qui couvre presque la planète, permettra de susciter des échanges féconds et pourquoi pas une augmentation de l’activité professionnelle. Une plus grande efficacité aussi : chacun connaissant les fonds d’archives, les moyens d’investigations dans son pays ».

Les deux « familles » de la généalogie, successorale ou familiale, si elles poursuivent des buts différents, utilisent néanmoins des techniques proches. Le résultat de leurs recherches, dans sa transcription, n’est pour toujours de lecture aisée. Si l’oeil averti sait déchiffrer rapidement les détails des liens familiaux qui unissent deux ou plusieurs individus, le profane a quelque difficulté à cheminer dans les méandres d’une généalogie. L’arbre n’est que l’une des représentations d’une table généalogique. Il existe une méthode circulaire dans laquelle l’ancêtre se trouve au centre et une table horizontale largement usitée de nos jours. Le repérage des ancêtres est facilité par une méthode de numérotation inventée en 1676 par Jérôme de Sosa et reprise en 1898 par Stephan Kekule von Stradonitz c’est pourquoi elle porte le nom de méthode Sosa-Stradonitz. Elle est complétée par la numérotation d’Aboville qui est un système de numération permettant d’identifier les descendants d’un ancêtre commun. La généalogie n’est donc pas une science facile. Elle demande rigueur et patience sur les traces des individus ayant souvent quelque difficulté à resurgir du passé et de l’oubli dans lesquels ils se trouvent à l’abri. Les vivants ne sont pas plus faciles à trouver et à relier à leurs familles d’origine. Quand on met bout à bout les personnes qui disparaissent volontairement, celles qui disparaissent involontairement, les familles qui explosent et dont les membres se perdent définitivement de vue et s’ignorent avec tant de soin que les noms sont tus et oubliés par défaut de transmission orale de l’histoire familiale, on imagine les obstacles que le généalogiste doit franchir pour rassembler les pièces d’un puzzle dispersées parfois sur plusieurs continents.

Toutes les sources d’information sont alors explorées. Tous les fichiers accessibles librement ou sur autorisation spéciale de l’autorité judiciaire ou administrative, les souvenirs des uns et des autres, tout est bon pour remonter à celui ou celle qui se retrouvera peut être héritier d’un parent dont il ignorait parfois jusqu’à l’existence même. Les frais engagés par le généalogiste peuvent être important et le résultat nul. Le succès n’est jamais garanti.

On comprend pourquoi les notaires ont tout intérêt à solliciter le généalogiste qui lui épargnera bien des démarches incertaines et coûteuses même dans une succession réputée simple et claire.

Cet article a été publié dans la Revue des Notaires n°49.

Partager cet article sur vos réseaux sociaux :