La Fondation d’Université : Vers la fin de la « misère universitaire » à la Française, par Alain Lepors

La loi de 2007 relative aux libertés et responsabilités des universités trouve sa traduction concrète désormais dans plus de la moitié des établissements concernés. L’une des dispositions majeures de ce texte concerne la possibilité étendue pour chaque université de se doter d’une fondation lui permettant de collecter des fonds à travers des partenariats divers. Les grandes écoles connaissent bien ce système pour le pratiquer depuis fort longtemps. Même St Cyr, prestigieuse école militaire, avec ses deux mille élèves officiers, en est dotée.
Cette ouverture des universités et grandes écoles à des sources de financement extérieures les oblige à définir des stratégies de recherche de financements auxquelles elles ne sont guère rompues contrairement à bien des établissements étrangers. Cette recherche de fonds est, aux Etats-Unis notamment, un véritable secteur économique spécialisé. Aux frontières du marketing et de la communication et de la publicité, la recherche de fonds (Fund Raising) libère les imaginations et les initiatives. C’est d’abord une démarche de réseau qui repose sur le précieux fichier des anciens élèves. Ceux-ci sont régulièrement sollicités pour aider de leurs deniers leur école et collecter à leur tour des fonds dans leur entourage professionnel et amical. Ce système est également utilisé en France et est appelé à se développer en se reposant sur le renforcement du sentiment d’appartenance à un groupe universitaire à l’identité puissante renforcée par l’autonomie. Les fonds recueillis à travers les partenariats avec des entreprises sur des programmes de recherche ciblés sont une autre source, la plus importante, du dispositif créé par ces fondations. La fiscalité avantageuse pour l’investisseur est une aide précieuse et un stimulant. Encore faut-il bien distinguer les fondations universitaires destinées à la levée de fonds et les fondations partenariales dont l’objectif final est l’inclusion de la recherche universitaire dans le tissu économique. Certaines fondations de grandes écoles sont en outre reconnues d’utilité publique et peuvent à ce titre recevoir des dons et legs, ce qui n’est pas négligeable. Il est clair que va se développer en France un secteur spécialisé dans le Fundraising au bénéfice des fondations universitaires ou de grandes écoles. Des entreprises de conseil en mécénat. sont déjà présentes sur le marché et leur nombre va sans doute augmenter car la collecte de fonds ne s’improvise pas. Une fois épuisées les bonnes volontés des sympathisants, convaincre les détenteurs de fonds est un métier de spécialistes. Les techniques sont bien connues, rôdées depuis des années par les ONG. Elles vont du mailing à la vente de produits dérivés en passant par la prospection téléphonique et l’organisation d’évènements. Cette ouverture vers des financements extérieurs est une véritable révolution culturelle. Il faudra sans doute du temps pour que tout le monde s’y fasse. Les Anglais ont mis ce système en place il y a une quinzaine d’années et les résultats sont aujourd’hui très positifs. Les Etats unis demeurent les maîtres du Fundraising. La notion de campus, véritable ville universitaire autonome, est un puissant moteur du système. Elle commence à se développer en France où l’on voit par exemple les différentes universités de Bordeaux se regrouper dans une fondation unique, Bordeaux Université créée en 2009. Son but affiché, symptomatique de l’évolution profonde du monde universitaire français, se retrouvera sans aucun doute dans de nombreuses universités :
Agir pour le développement d’un « esprit de campus », levier majeur d’un rayonnement
durable sur la scène internationale
Cet objectif implique une offre de services adaptée aux rythmes de vie : accueil (étudiants ou chercheurs étrangers), conditions de vie et de travail (logement, restauration, transports, bibliothèques et espaces d’étude, crèches, cartes multiservices…) et lien social (culture, sport, santé, vie associative). La création de « maisons de campus » sur les domaines, l’ouverture des infrastructures universitaires (équipements, zones de services) à un public plus large ou des opérateurs extérieurs, sont deux facteurs du développement d’une vie de campus intégrée dans la cité. Ces opérations seront développées en partenariat étroit avec l’ensemble des collectivités territoriales :
• Une signature unique des publications scientifiques
• Un doctorat unique « Université de Bordeaux »
• Des prix de thèse « Université de Bordeaux »
• Une cérémonie annuelle commune de remise des diplômes de doctorat
• L’accueil et le logement des étudiants et chercheurs
• Des services (carte Aquipass, transports, crèche, santé publique…)
• Les ressources numériques et documentaires
• L’animation du campus, le sport et la culture
• La mobilité étudiante
• Les espaces de vie et de travail
• L’intégration urbaine
• Les associations de diplômés.

Ces objectifs peuvent être ceux de toutes les universités. S’ils sont atteints grâce, entre autres, aux fondations d’universités, la misère universitaire pourrait n’être dans quelques années qu’un mauvais souvenir.

Cet article a été publié dans le Journal du Village des Notaires n°9

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