L’investissement socialement responsable (ISR) : alliance entre le respect du développement durable et la rentabilité. Par Johanna Leplanois

Investir est monnaie courante pour ceux qui souhaitent faire du profit. Etude de la performance économique du produit et prise de risque plus ou moins élevée font partie du quotidien des investisseurs. Mais, ne faut-il pas considérer un investissement dans une logique plus large que celle purement financière ? Faut-il uniquement considérer la performance économique d’un produit lors d’un investissement ?

L’investissement socialement responsable (ISR) tente de répondre à ses préoccupations en proposant une nouvelle approche couplant des notions que l’on pourrait croire de prime à bord opposées voire totalement antagonistes.

Notons dès à présent que dans le cadre de notre article, nous n’aborderons que les fonds ISR dans leur globalité.

Qu’est ce que l’investissement socialement responsable ?

L’investissement socialement responsable correspond à l’intégration des principes du développement durable aux placements financiers. Plus précisément, il est communément défini comme une forme de placement consistant à prendre systématiquement en compte des critères liés à l’environnement, au social et à la gouvernance.

Ainsi, le choix d’investissement n’est pas seulement orienté par des critères purement financiers. L’apparition de critères « extra-financiers » comme l’Environnement, le Social et la Gouvernance, intitulés critères ESG, sont désormais pris en compte par l’existence de l’ISR. Les investissements ne sont plus uniquement déterminés par les considérations financières des actifs, supports de placement de leurs capitaux.

Ce mouvement a été initié dans les années 20 au sein de congrégations religieuses qui interdisaient à leurs membres d’investir dans l’alcool, le tabac, les armes, la pornographie…Développé dans les années 70 en même temps que les luttes pour le progrès en matière d’apartheid, de guerre du Viêt-Nam et de droits de l’homme, l’ISR se perpétue aux Etats-Unis. En Europe et particulièrement en France, en 1983, le Comité catholique contre la faim et pour le développement lance avec le Crédit Coopératif, le premier fonds commun de placement de partage Faim et développement. Cette pratique se renforce jusqu’au milieu des années 2000 où ce phénomène connaît une importante expansion internationale. En effet, en avril 2006, les Nations Unies ont consacré les principes pour l’investissement responsable en les regroupant au sein d’un Pacte mondial . À ce jour, on dénombre 1036 signataires de ce pacte. Il faut noter que les principes contenus dans ce pacte ont d’abord été conçus pour les investisseurs institutionnels et les sociétés de gestion qui font des investissements diversifiés et de long terme. Toutefois, ils s’adressent également à tous les investisseurs institutionnels, aux gestionnaires d’actifs et prestataires de services libéraux désireux de s’engager dans le respect de ces principes.

Ce pacte mondial est très important puisqu’il renforce le sens des responsabilités sociétales et le civisme des entreprises afin de trouver des solutions aux problèmes que pose la mondialisation.

Quels intérêts pour les investisseurs ?

Les objectifs des investisseurs sont nombreux lorsqu’ils font un investissement socialement responsable mais ils peuvent être regroupés sous deux grands axes : le respect des valeurs entourant le développement durable et une performance économique à long terme.


L’objectif éthique : le respect de valeurs

L’ISR est un moyen d’investir dans des entreprises qui ont des valeurs que les investisseurs partagent et qui leur correspondent. Comme nous l’avons dit, l’ISR repose sur de profondes valeurs morales ainsi que sur le respect des droits de l’homme dont les principes sont inscrits dans des conventions internationales. Par ce biais, les investisseurs veulent utiliser leur argent en lui donnant un sens. En effet, ils épargnent tout en ne visant pas uniquement la rentabilité financière, puisque par ce système une part de leur richesse est utile sans pour autant être inclus dans un système de donation.

Ainsi, le choix de l’ISR permet d’éviter à l’épargnant d’alimenter des entreprises qui présentent des risques d’ordre environnemental, social ou de non-respect des règles de gouvernance. Par son investissement, il participe donc à améliorer le respect de certains droits et principes fondamentaux. La protection de ces valeurs est garantie par un système poussé de labellisation et de contrôle des fonds ISR. En effet, pour être qualifié d’ISR, un fonds doit d’abord prendre en compte les critères ESG dans l’analyse et le processus de ses investissements. Ensuite, le fonds doit répondre au code de transparence agréé par l’Association Française de la gestion Financière et par le Forum de l’investissement responsable. Enfin, un label a été créé par Novethic , filiale de la Caisse des Dépôts et centre de recherche sur l’ISR, pour garantir la qualification des fonds ISR proposés sur le marché français et les valeurs qui y sont corollaires. Toutes ces procédures de labellisation ou de contrôle garantissent à l’épargnant le respect des critères ESG dans la composition du fonds ISR et une meilleure transparence des informations et données communiquées par les fonds.

En choisissant l’ISR, les valeurs que l’investisseur souhaite promouvoir le sont nécessairement.

L’objectif financier : Une performance à long terme

La performance de l’ISR ou plutôt sa surperformance et sa sous-performance font l’objet de nombreux débats dans le monde économique et financier. Selon Anne-Catherine Husson-Traore, directrice générale de Novethic, « il y a autant d’enquêtes qui prouvent que les fonds ISR surperforment que celles qui prouvent qu’ils sous-performent ». Quoi qu’il en soit, de nombreuses personnes investissent de plus en plus dans ce type de gestion puisque d’après Novethic, les encours détenus par les résidents français dépassent désormais 50 milliards d’euros.

Selon la Fédération française bancaire (FFB), il n’y a aucune raison objective pour qu’un fonds ISR soit plus risqué et/ou moins rentable qu’un autre fonds qui contiendrait la même catégorie d’investissement.

Généralement, l’ISR s’analyse dans une approche sur le long terme puisque ses objectifs s’inscrivent sur une longue période. Les investisseurs utilisent une grille d’analyse extra financière pour identifier les risques ESG auxquels peuvent être soumises les entreprises dans lesquelles ils investissent. Néanmoins, l’analyse extra financière permet aussi d’identifier des opportunités de croissance dans des entreprises ou des secteurs d’activité par l’intermédiaire notamment de la commercialisation de plusieurs produits.

La prise en compte des critères extra financiers ainsi que la demande des clients et surtout la matérialisation récente des risques est la base de l’essor de l’ISR. En effet, on dénombre plusieurs catastrophes importantes durant ces dernières années telles que les problèmes liés aux secteurs pétroliers dans le golfe du Mexique ou l’accident nucléaire au Japon.

Les notaires dans le cadre de leur activité sont souvent amenés à conseiller leurs clients sur la gestion de patrimoine. Même si généralement les conseils concernent davantage les processus de défiscalisation ou l’investissement immobilier, pensez à orienter vos clients vers l’ISR. Il permet d’investir dans des valeurs environnementales, sociales ou dans le respect de la gouvernance tout en réalisant une performance économique qui peut s’avérer intéressante. Le particulier peut souscrire ce type d’investissement directement auprès de son établissement financier ou à travers des produits d’assurance-vie par exemple.

L’ISR est un excellent moyen de combiner la finance et le développement durable, deux valeurs qui sembleraient s’affronter et pourtant…

Cet article a été publié dans le numéro 32 du Journal du Village des Notaires

Par Johanna Leplanois
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