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Interview tandem : Pauline Ribeyre, Commissaire priseur judiciaire, et Florence Gemignani, Notaire.

Maître Pauline Ribeyre, Commissaire priseur judiciaire SCP Ribeyre Baron

Si vous deviez définir votre activité en quelques mots ?

Inventaire, Succession, Partage et Ventes aux Enchères.

Réaliser des Inventaires estimatifs de biens mobiliers tels que tableaux, objets d’Art, meubles, tapisseries, ou même les bijoux.

Ces inventaires, (ou prisées), dans le cadre de Successions, ou sous-seing privé, permettent de renseigner toute personne ou héritier sur la valeur des biens. Le marché évoluant à tout moment, la plus forte estimation n’est pas toujours là où on l’attend.

Nous pouvons être amenés à assister les familles dans le cadre de Partage, afin de les guider dans la répartition des biens, de manière équitable entre chacun, au regard d’estimations données précédemment, mais aussi selon la catégorie de biens, afin que chacun puisse accéder aux meubles comme aux objets, ou tableaux.

La Vente aux enchères est souvent une finalité, dans le cadre de succession, les héritiers ne souhaitant ou ne pouvant pas garder les biens du défunt. D’autres causes peuvent être à l’origine d’une vente, comme par exemple : la bonne surprise de découvrir une estimation inattendue, un déménagement, un changement de décoration.

Notre métier consiste en une assistance aux personnes désireuses de connaître la valeur de leur patrimoine mobilier. Cela est pour nous la chance de multiples rencontres humaines, de personnes et histoires totalement différentes.

Dans quels cas collaborez-vous avec les notaires ?

La plupart du temps, nous assistons les notaires dans le cadre de successions.
A la demande du notaire de la famille, nous réalisons une prisée, afin de donner le juste prix de chaque chose, et d’estimer l’actif mobilier du défunt à sa réelle valeur, souvent inférieure au forfait de 5%, notamment dans des villes comme Paris où le prix de l’immobilier est élevé.

Mais d’autres raisons peuvent amener les notaires à faire appel à un commissaire-priseur, comme la réalisation de l’expertise d’un bien en vue d’une donation.

Depuis combien de temps collaborez-vous avec l’étude LBMB ; et en terme de pourcentage quelle est la partie liée aux notaires dans votre activité ?

Nous collaborons avec l’étude LBMB depuis 40 ans. Mon père, Maître Dominique Ribeyre, a commencé à travailler en 1977 avec Maître Christian Lefebvre , puis avec Maître Bisson et par la suite, particulièrement Maître Florence Gemignani avec qui j’ai le plaisir de collaborer à mon tour.

Dans notre étude, nous pouvons dire qu’environ 80% de notre activité est liée aux notaires.

Une anecdote à nous raconter ?

Plusieurs, car chaque porte poussée est une nouvelle découverte. Nous ne trouvons pas toujours à l’intérieur ce que l’extérieur nous laissait imaginer…

Voici une anecdote qui fût un succès d’adjudication, mais surtout une belle rencontre humaine.

Un petit appartement dans un immeuble moderne, très simplement meublé, présentait, au milieu de peintures décoratives ou reproductions, un très beau tableau d’un artiste suisse. C’était un tableau que le défunt possédait de famille et que l’héritier souhaitait vendre, par goût, ne pouvant marier cette œuvre avec la décoration de son propre appartement.
Le tableau, compliqué à estimer, ayant que peu d’œuvres comparables de cet artiste vendues en France, avait été prisé
20.000 € . Sa rareté et l’intérêt suscité au près de collectionneurs de même origine que l’artiste, ont permis à cette œuvre de voir s’envoler l’adjudication, six fois plus haut, à 128.000 € .

Pendant la vente, plus les enchères montaient, plus le propriétaire était envahi d’une grande émotion à l’idée que ce tableau, initialement accroché sur les modestes murs de son père, allait trouver sa place dans une belle collection d’un amateur éclairé. Impossible de rester de marbre, tant en le regardant si ému et plein de reconnaissance, que en repensant au chemin parcouru par cette œuvre, allant de l’appartement à l’étude pour expertise, passant dans les mains de la spécialiste de l’artiste qui nous expliquait, passionnée, l’intérêt de ce tableau, et voyant l’aboutissement de cette aventure ponctué par un beau « coup de marteau ».

Maître Florence Gemignani, Notaire Etude LBMB


Recommandation par un notaire :

Il arrive fréquemment que je recommande aux héritiers de consulter un commissaire-priseur à la fois pour l’évaluation des meubles et des objets car chacun se fait parfois une idée de la valeur des biens différente de son évaluation de marché.

En outre, le commissaire-priseur peut utilement composer les lots en vue d’un partage de meubles afin de les répartir équitablement entre les pièces majeures et les plus petits objets.

Un bon souvenir :

Commissaire-priseur c’est un métier !

Je me souviens d’une succession où les héritiers étaient dubitatifs vis-à-vis d’un tableau.
Certains d’entre eux ne comprenaient pas pourquoi leur père avait, lors du partage des biens de leur grand-père, accepté de recevoir le tableau en question.
D’autres encore qualifiaient même le tableau de « croute ».
Lors de l’inventaire, le commissaire-priseur a évalué le tableau sous réserve d’expertise.
Le lendemain, certains des héritiers m’ont interrogé interloqués par l’évaluation retenue par le commissaire-priseur, me demandant s’il n’y avait pas un zéro de trop !

J’ai confirmé que si le commissaire-priseur se prononçait sur cette valeur, c’est qu’il avait fait des recherches, qu’il connaissait la côte et avait pu comparer avec d’autres ventes réalisées.

Dépassant leur attitude de rejet, les héritiers fort intrigués ont proposé, comme un défi, que le commissaire-priseur se charge de la vente aux enchères avec un prix de réserve égal à son évaluation (prudente).

Quelques semaines plus tard le catalogue annonçant la vente avec notamment la photographie du tableau fut édité et diffusé auprès d’amateurs.

Le jour de la vente, après des enchères nourries, le tableau 18ème de l’école italienne trouva amateur en un collectionneur italien au triple de l’évaluation !

Mission accomplie dans l’intérêt des clients et défi relevé !

Article initialement publié dans le Journal du Village des Notaires n°66

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