Interview de Philippe Laveix, notaire et président du réseau Jurisvin

Quelles sont les spécificités du notaire qui exerce dans le milieu viticole ?  

Il est indispensable que le notaire exerçant dans le milieu viticole maitrise l’environnement et connaisse, dans la mesure du possible, la réalité des entreprises viticoles qui le composent. 

Toutes les régions viticoles ont des spécificités territoriales différentes, et donc des entreprises viticoles différentes. En Gironde, nous avons plusieurs appellations, dont le prix à l’hectare de vigne va de 20 000 à plusieurs millions d’euros. Ces propriétés sont gérées par des entités différentes : des petites structures, des cas de coopérative, des entités familiales, ou de riches investisseurs. 

Pour qu’il réussisse son implantation, le notaire doit montrer un intérêt pour la région, potentiellement y avoir vécu ou disposer de connaissances théoriques sur le milieu viticole. Un notaire parisien qui s’installe dans ces régions, et qui ne bouge pas de son étude va certainement rencontrer des difficultés. Les problématiques sont très différentes de celles rencontrées dans les grandes métropoles, ce qui induit une manière d’agir différente. Dans ces régions, la famille et la composition des structures locales sont très importantes. Cette culture, soit vous êtes tombés dedans quand vous étiez petits, soit vous l’apprenez. 

Comment votre office et le réseau que vous dirigez entretiennent les relations avec ses clients ? Les longs déplacements constituent-ils un obstacle à une relation de proximité avec la clientèle ?  

Pour moi, il est indispensable de se déplacer, de connaitre ses clients et voir comment ils travaillent. Il faut être réactif, et proche de leurs préoccupations. C’est également nécessaire d’avoir de bons rapports avec les experts-comptables et les avocats avec lesquels le notaire est en étroite collaboration. L’objectif final est de proposer les meilleures solutions au client. 

La ruralité attire-t-elle les jeunes notaires ? Observez-vous un afflux vers le milieu viticole depuis l’entrée en vigueur de la loi Macron ?  

La ruralité n’attire pas autant que la ville. C’est un constat, confirmé par les chiffres. Le milieu viticole constitue cependant une petite exception, car il s’agit d’une des rares activités rurales qui peuvent rapporter un peu d’argent. Il y a encore des hommes d’affaires ou des groupements qui investissent dans des châteaux en zone viticole, et qui créent donc une dynamique sur le marché. C’est ce qui explique que les notaires dans ces régions-là continuent à vivre. Mais le volume des transactions n’a rien à voir avec celui observé dans les grandes métropoles, qui ont un marché extrêmement florissant. C’est une des raisons principales pour lesquelles les notaires fuient la ruralité. 

Par ailleurs, être notaire dans le milieu rural nécessite des connaissances et un intérêt accru pour le droit rural, le droit civil, le droit des sociétés, le droit fiscal et la fiscalité de l’entreprise. Or, très peu de jeunes confrères sont formés sur ces thématiques-là. La plupart sont spécialisés en droit de l’immobilier et en droit de la famille, et ont fait leurs stages dans les grandes métropoles françaises. Les jeunes notaires sont bien conscients de ces lacunes et des risques qu’ils encourent s’ils s’installent dans ces régions.

Concernant la loi Macron, elle n’a pas conduit à une augmentation de la demande de création d’offices. Il y a eu quelques demandes dans notre région sur Libourne, mais pas plus que cela. Nous observons même le phénomène inverse, avec des confrères qui quittent la ruralité pour s’établir dans les métropoles. Sur cet axe, le texte constitue donc un échec. Mais la situation actuelle situation nous arrange, nous, car nous en vivons et avons des possibilités de développement. De toute façon, même s’il y avait beaucoup de demandes de créations d’offices notariaux, le milieu viticole n’offre pas beaucoup de postes à pourvoir. 

Comment communiquez-vous avec vos clients à l’ère du numérique ?  

Le monde rural est bien connecté maintenant ! Tous mes clients ont des adresses mail. J’échange avec eux par cette voie. Aujourd’hui, vous ne pouvez pas être un viticulteur sans avoir internet, ce n’est pas possible ! Toutes les déclarations se font en effet par internet. 
Par contre, sur le conseil, il est indispensable de passer par un notaire pour trouver un bail rural. Internet ne constitue pas une alternative fiable. On ne loue pas des vignes comme on loue des appartements. 

Propos recueillis par Nessim Ben Gharbia

Interview initialement publié dans le Journal du Village des Notaires n°74

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