Interview de Laëtitia Dubreuil, notaire, récemment tirée au sort et prochainement nommée.

La loi du 6 août 2015, plus connue sous le nom de loi Macron, a permis à des notaires souhaitant créer leur office de participer à un tirage au sort dans cet objectif. Et Laetitia Dubreuil fait partie de ces "heureux élus". Retour avec elle sur cette expérience et les démarches à entreprendre une fois cette étape passée.

Pourquoi souhaitez-vous installer à votre compte ?

Quand on fait des études pour devenir notaire, c’est pour s’installer un jour à son compte. C’est l’aboutissement d’années études réalisées dans cet objectif. Je n’ai jamais eu l’occasion de pouvoir m’installer auparavant donc c’est pourquoi j’ai horodaté.

N’y a-t-il pas aussi un esprit entrepreneurial derrière cette volonté ?

Oui mais je pense qu’il y a beaucoup de notaires salariés qui souhaiteraient avoir leur étude mais qui ne peuvent pas par manque d’opportunités. Cela restait assez fermé jusqu’à la loi Macron. Mais c’est vrai, mes parents étaient commerçants donc j’ai toujours souhaité aussi devenir chef d’entreprise. Cela a dû m’influencer.

Vous avez été tirée au sort récemment, à quelles difficultés êtes-vous confrontée ?

La difficulté majeure est l’absence de visibilité sur la date de nomination. C’est très compliqué car si je trouve un local en location, peut-être vais-je devoir payer pendant 6 mois un loyer pour rien. On n’est pas qu’officier ministériel, on est aussi futur chef d’entreprise. On doit lancer des emprunts, peut-être acheter des locaux ou les louer, s’occuper des installations de ligne pour l’informatique, le téléphone… A quel moment faut-il engager des travaux dans la mesure où on ne sait pas à quelle date on va être nommé.
De la même manière, c’est difficile pour mon employeur actuel aussi car il ne sait pas quand je vais quitter l’étude et comment s’organiser pour le suivi des dossiers et des clients que j’ai en cours.

Avez-vous senti un climat d’hostilité à votre installation ?

Au moment de l’annonce de la loi Macron, les notaires étaient assez remontés. Quand vous venez d’engager des frais importants pour des travaux ou que vous venez juste de vous installer en achetant une étude à un prix conséquent, et que du jour au lendemain on change les règles du jeu, je comprends l’inquiétude et l’énervement. Après, je crois que les choses se sont apaisées et parmi mes confrères je n’ai eu que des félicitations et des mots très gentils. Dans ma compagnie en Loire-Atlantique, on m’a réservé un bon accueil.

Où en êtes-vous dans vos démarches de financement et quelles sont-elles ?

La première des choses est que j’ai pris rendez-vous à la Caisse des dépôts et consignations où là aussi j’ai été très bien accueillie. La particularité est que cela fait 20 ans que je travaille, 5 ans que je suis notaire salariée et j’ai eu la chance d’être tirée au sort dans la commune où je vis et où ma famille est installée depuis des générations. Je pense que c’était rassurant pour eux. Mon projet n’était pas opportuniste, je connais la région dans laquelle je m’installe.

Avez-vous une spécialité ?

Je suis spécialisée en droit de la famille. Cela a toujours été mon domaine de prédilection. Cette spécialité fait que dans l’étude où je travaille, je manage une équipe de 11 personnes. Et quand il y a une difficulté ou un dossier compliqué en droit de la famille, c’est moi qu’on interroge. C’est une expérience de management intéressante que j’ai mise en avant dans mon dossier de candidature, sans compter les avocats qui m’adressaient déjà leurs clients dans des dossiers un peu complexes. J’ai donc axé mon business plan sur cette spécialité et la vente immobilière.

Quelles autres démarches effectuez-vous actuellement en vue de votre installation ?

Ma priorité aujourd’hui, c’est le local. Je veux un local qui soit visible, pour que les clients se rendent compte qu’il y a un nouveau notaire, avec toutes les facilités d’accès. J’ai du mal pour le moment à le trouver mais dès que je l’aurais en location ou à l’achat, je pourrai lancer mes commandes. C’est ma recherche principale.

Est-ce que vous vous faites aider ou conseiller ? Et si oui, auprès de qui ?

Je m’adresse à certains créateurs de la région que je connais et qui gentiment me donnent des conseils sur la surface pour les archives, le logiciel et les raisons de leur choix. Je me suis aussi fait conseiller par mon expert-comptable pour la rédaction et la présentation du business plan principalement et par la chambre des notaires de Loire-Atlantique. Dès qu’elle a la moindre information, elle nous la transmet. Nous avons beaucoup d’échanges sur les tarifs, les cotisations … Je suis aussi allée au forum de l’installation organisé par le mouvement du jeune notariat à Paris début juin 2017 où j’ai pu rencontrer le responsable des assurances, le responsable de la profession à la chancellerie, les éditeurs de logiciel…

Quelle importance accordez-vous à la relation-client et comment la concevez-vous ?

J’ai souvent des liens très forts avec mes clients, surtout quand il s’agit de droit de la famille. Quand ils arrivent à l’étude, ils sont souvent stressés et quand je les raccompagne, ils ont le sourire. Je les rencontre souvent dans des moments difficiles et ce que j’aime dans mon métier, c’est le droit et la relation humaine que je créé avec eux. Je fais preuve de beaucoup d’empathie et je pense qu’ils le ressentent car ils reviennent me voir.

Propos recueillis par Laurine Tavitian

Interview initialement publiée dans le Journal du Village des Notaires n°64

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