[Interview] Me Caroline Oron : "La préoccupation du manque de collaborateurs est généralisée au sein de la profession."

La Rédaction du Village des notaires lance une série d’interviews des représentants locaux de la profession des notaires, pour mettre en lumière leur vision de la profession et leur action locale. Pour ce premier épisode, le Village des notaires s’est entretenu avec Me Caroline Oron, présidente du Conseil Régional des notaires de la Cour d’appel d’Aix-en-Provence.

En quoi, selon vous, la loi Croissance a-t-elle impacté le marché du travail notarial ? Quel regard portez-vous sur les possibilités d’évolution de carrière pour les nouveaux notaires ?

Nous vivons une période faste économiquement dans notre métier, il faut en profiter.
Dans notre région, nous avons vraiment été exemplaires et avons accueilli les « notaires Macron » comme il se doit. Si bien que les pouvoirs publics nous ont félicité. Nous n’avons véritablement aucun intérêt à ce que les nouveaux notaires soient en échec. En réalité, plus que la loi elle-même, il s’agit surtout de la façon dont elle a été mise en place et le fait qu’on ait poussé des jeunes qui n’avaient pas d’expérience à se lancer. Le tirage au sort est dévalorisant pour les jeunes notaires et j’en connais beaucoup qui se seraient dispensés de cliquer pour « gagner une étude à la loterie » si on leur avait proposé, à la place, un plan de carrière. Aujourd’hui, on trouve parfois des jeunes notaires avec des diplômes et deux ans de stage qui ont été tirés au sort et vont recevoir leur premier acte, « morts de trouille ». Il y a au contraire toujours besoin, avant de se lancer, de gagner en expérience et de s’exercer avec des cas pratiques car quand on a une difficulté, il est important de savoir comment l’aborder.

De quelle manière le manque de collaborateurs peut-il constituer un danger pour le service client ? Comment y remédier ?

La préoccupation du manque de collaborateurs est généralisée au sein de la profession. Or, cela a un impact sur notre capacité à bien servir le client. Notre souci premier est de répondre à la population, comme par exemple avec l’opération « 36 20 dîtes notaires ». Globalement, les confinements nous ont remis en question sur beaucoup d’aspects, notamment dans l’organisation du travail : « Est-ce que j’ai envie de repartir comme avant ? » Dans ce cadre-là, le télétravail a ouvert de nouvelles options et davantage de sur-mesure. Par ailleurs, cela a également un impact sur les besoins en immobilier et les logiques gouvernant à l’organisation des espaces de bureau.

« Notre cheval de bataille, et celui du Conseil Supérieur du Notariat, est de trouver de nouveaux collaborateurs. »

Si l’on remonte plus loin, la loi Croissance a été source de profonds changements puisque par l’effet du tirage au sort, davantage de collaborateurs ont quitté les études, et ce dans un délai plus court, généralement en un mois. Beaucoup d’études ont vu plusieurs collaborateurs partir, avec, à la clé, des conséquences négatives sur le traitement des dossiers, et mécaniquement, des horaires de travail qui ont explosé pour les autres notaires de ces études. C’est pour cela que notre cheval de bataille, et celui du Conseil Supérieur du Notariat, est de trouver de nouveaux collaborateurs, notamment comptables, et des clercs rédacteurs. Concrètement, il s’agirait de salariés recrutés « hors notariat » à qui l’on dispenserait des formations sur la promesse de vente et la vente ainsi que le droit de la famille, pour leur apprendre à rédiger, dans une optique de long terme, au sein de l’étude. Par le jeu des passerelles, ces salariés en reconversion professionnelle peuvent prétendre à intégrer des offices notariaux en tant que comptables par exemple, et y évoluer. Ils peuvent également devenir clercs rédacteurs. J’entends beaucoup me faire part de leur impatience à devenir notaire salarié pour recevoir des actes. C’était à mon avis une erreur d’avoir supprimé l’habilitation des clercs de notaire car cela a obligé les jeunes diplômés à avoir un sceau à la main et à engager leur responsabilité.

Cela améliorerait in fine le service-clients. Pour que le Conseil Supérieur du Notariat nous dise qu’une formation va être mise en place d’ici la fin de l’année, c’est qu’il y a vraiment urgence. Par ailleurs, la loi Croissance a décrété que l’âge limite pour être notaire est de 70 ans, ce qui a pour effet d’obliger certains à partir avant cet âge, notamment lorsqu’ils constatent qu’il n’y a pas de transmission possible.


« En temps normal, et encore plus pendant la crise, il fallait être présent pour les citoyens, qu’ils soient clients ou non. »

Le thème du Congrès 2021, ou encore l’adaptation digitale dont vous avez fait preuve pendant le premier confinement, ont montré que vous étiez une profession bien avancée sur le plan technologique, loin de l’image « poussiéreuse » qu’on peut encore retrouver. Quel est votre point de vue sur cette réputation ?

La période de confinement généralisé a montré que l’on pouvait toujours fonctionner malgré la distanciation sociale. Nous avons continué à signer des actes électroniques à distance, et ce même avec des clients à l’étranger.

Le notariat a déjà une longue histoire dans le numérique, nous nous y sommes lancés depuis longtemps. Plus encore, le thème du Congrès 2021 a été initié il y a deux ans. Nous étions donc en avance sur ces thématiques, ce qui ne colle pas tellement à l’image d’une profession poussiéreuse. Cela va dans le même sens pour ce qui est de rester au contact du client. En temps normal, et encore plus pendant la crise, il fallait être présent pour les citoyens, qu’ils soient clients ou non.

Propos recueillis par Simon Brenot
Rédaction du Village des notaires

Partager cet article sur vos réseaux sociaux :