"Davantage de philanthropes… !"

La philanthropie a pour conception le solidarisme libéral, chacun est libre de s’engager, d’aider l’autre, il n’y a pas de contrainte. Le philanthrope cherche à améliorer la vie des autres sans rien attendre en retour. Dans un sondage paru ce mois-ci sur le rapport Français/philanthropes, 9 Français sur 10 estiment qu’il faut davantage parler des philanthropes qu’on ne le fait aujourd’hui. Méconnus par le grand public, ils suscitent mystères et interrogations. Alors que font-ils et pourquoi le font-ils ? L’étude Mediaprism pour l’Observatoire de la Fondation de France a dressé un rapport détaillé sur cette pratique.

Aujourd’hui, 81 % des français appellent à plus de philanthropie. Dans leur quasi-totalité (90 %) ils estiment que les actions philanthropiques devraient être davantage connues pour en inspirer de nouvelles. De manière générale, la plupart (73%) ont une bonne opinion des philanthropes français. D’ailleurs s’ils disposaient eux-mêmes d’une grande fortune, ils aimeraient devenir philanthropes (88%) et en seraient fiers (80%).

À partir de là, il est intéressant de dégager un profil du philanthrope type, comme l’a fait l’observatoire de la Fondation de France dans son rapport sur “La Philanthropie à la française“. En effet, qui sont les philanthropes ? Pourquoi s’engagent-ils ? Pourquoi ne sont-ils pas plus médiatisés ?

Selon le rapport, 77% des philanthropes créateurs de fondations dans les années 2000 sont des hommes, proportions en hausse par rapport aux années 1975-2000 (66%). 67% d’entre eux ont initié leur fondation alors qu’ils étaient encore actifs professionnellement, en tout cas avant l’âge de 65 ans, dont 28% avant l’âge de 50 ans – chiffre en nette hausse par rapport à la période précédente (10%). La population de philanthropes rajeunit donc considérablement.

Aujourd’hui, les philanthropes créateurs de fondations sont estimés à 600 en France. Les actifs de leurs fondations représentent la modique somme de 2,7 milliards d’euros. « Ces capitaux placés, mais également abondés de versements réguliers de leurs fondateurs, ont permis de financer des projets d’intérêt général pour un montant estimé à 165 millions d’euros cette même année ».

Mais d’où leur vient cette vocation ? Pour la plupart des philanthropes, le désir d’œuvrer en faveur d’une cause qui leur est chère tient également à leur désir d’honorer les valeurs familiales qui leur ont été transmises. Au delà de cet héritage, il y a aussi le fait d’avoir subi des épreuves douloureuses durant leurs vies qui les ont durablement marqués.

Ces expériences leur ont sûrement fait envisager la vie sous un autre jour et les ont conduits, bien souvent, à faire une pause et à reconsidérer leurs priorités. Ils en ont sortis plus clairvoyants, moins centrés sur des préoccupations matérielles. En outre, ils ont été témoins, dans leur entourage, des dégâts générés par l’argent et sont soucieux que leur famille ne retombe pas dans les mêmes travers selon l’observatoire de la Fondation de France.

« Assumer la légitimité d’une action privée, l’encourager en conservant les mesures fiscales significatives est nécessaire en France pour aider au renforcement de cette nouvelle force. La contrepartie d’un tel encouragement est la nécessaire poursuite des réflexions communes menées depuis bon nombre d’années, sur les pratiques, les modes de gouvernance et les cadres déontologiques » souligne Francis Charhon, directeur général de la Fondation de France.

On peut donc dire que, mus par des convictions personnelles fortes, les philanthropes, qu’ils soient héritiers, enfants de la République, entrepreneurs ou militants, choisissent de partager leur fortune avec la société plutôt que de la léguer en intégralité à leurs enfants. Ce choix se fait en échange d’une « contrepartie » capitale : celle de l’efficacité de leurs actions pour changer le monde. Il ne s’agit pas pour eux d’un souci financier de retour sur investissement, mais d’un enjeu de sens. Ils investissent donc leur temps, leurs compétences, leur éthique, leurs réseaux, leur capacité d’innovation pour tenter d’y répondre.

Parmi les plus célèbres philanthropes, on peut noter bien évidemment Bill Gates (analphabétisme, médecine), Michael Jackson (faim, réchauffement climatique), l’Abbé Pierre et Lucie Coutaz (Emmaüs), Richard Branson (Virgin), Bono ( Afrique, Irlande, Sida), Richard Gere (cause tibétaine), Nathalie Capron-Parsy (velib), Ted Turner (Cnn), Pierre Omidyar (microcrédit au Bangladesh),…

On peut toujours se poser la question des raisons qui poussent les philanthropes à s’investir, mais comme le disait le psychanalyste écossais A.S Neill « qu’importent mes motivations dès lors que le résultat est bon »…

Mehdi Kasby

Rédaction du Village des Notaires

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