Comment faire pour… établir une généalogie descendante ?

Après quelques mois ou quelques années de recherches, le généalogiste ressent souvent le désir de retrouver le sort des descendants des différentes branches découvertes dans son arbre. Que sont devenus les enfants de cet arrière-arrière-grand-oncle monté à Paris ? Et ceux de ce lointain parent qui avait perdu un bras lors des guerres de l’Empire avant de revenir se fixer dans sa Bourgogne natale ?
Un désir qui croise ceux de l’historien et du sociologue qui sommeillent en chaque généalogiste…

Une généalogie descendante à partir d’où ?

Impossible de partir de Charlemagne : huit Français sur dix seraient vos cousins et vous n’auriez pas assez de toute une vie pour commencer à trouver les liens précis avec eux. À l’inverse, tous les descendants de votre propre grand-père sont sans doute déjà dans votre carnet d’adresses. Entreprendre une généalogie descendante, c’est trouver un compromis entre l’impossible et le trivial.
Parfois, l’affectif va guider votre choix. Vous êtes peut-être particulièrement attaché à la biographie d’un aïeul né à la fin du XVIIIe siècle et qui a connu des tribulations politiques nombreuses sous la Révolution et l’Empire. Ou bien vous aimez sans l’avoir connu ce vieil ancêtre qui a installé la famille au milieu du XIXe siècle dans la région où vous vivez aujourd’hui et dont on parle toujours de génération en génération. Le point de départ est alors tout trouvé.

Si aucun « aïeul souche » ne vous semble préférable à un autre, raisonnez en fonction de vos recherches et de la cohésion plus ou moins grande de la famille, de son importance numérique apparente, de son éclatement géographique pressenti.
Choisissez ensuite un point de départ plus ou moins élevé dans le temps. Soyez modeste dans vos ambitions puisqu’un ancêtre né vers 1850 peut avoir donné naissance à plusieurs centaines de descendants vivants aujourd’hui.
En sens inverse, si votre famille a toujours compté de vaillants nonagénaires et qu’un certain nombre d’entre eux, bon pied bon œil, peuvent vous parler de leurs arrière-grands-parents, partez sans hésiter de l’année 1800.

Et jusqu’où ?

Une fois le couple souche déterminé, faut-il chercher tous ses descendants sans exception ou seulement ceux en ligne masculine, qui en ont conservé le patronyme ?
Vaste débat, qui ne sera jamais clos. Il semble en effet injuste – voire misogyne – d’écarter la descendance féminine. Sur le plan pratique cependant, les recherches utilisent le nom de famille comme fil d’Ariane à travers les documents d’archives. Or, si l’on veut reconstituer intégralement les branches issues d’un couple donné (par les filles comme par les garçons), on augmente le nombre de patronymes à rechercher à chaque génération, donc de points d’entrée à parcourir dans les archives de l’état civil ou dans les documents notariés.
Plus le couple de départ de l’arbre descendant va être haut dans le temps, moins il sera possible de mener à bien cette recherche
« multi-patronymique ».

Où et comment chercher ?

Les documents à exploiter sont ceux que vous avez déjà parcourus pour remonter votre arbre généalogique. Cette fois, vous allez descendre le temps, en partant du village ou de la ville d’origine de votre « couple souche ».

L’idée directrice qui doit mener vos recherches en généalogie descendante est l’absence de réelle mobilité autrefois. En 1800 par exemple, 80 % des mariages se faisaient entre jeunes gens du même village, 15 % entre jeunes gens n’habitant pas à plus de 15 km l’un de l’autre, 5 % seulement au-delà. Une stabilité qui s’est érodée au fil du XIXe siècle, mais qui est restée suffisamment forte jusqu’à la première guerre mondiale pour qu’elle puisse vous épauler dans votre travail.

En procédant par cercles concentriques progressivement élargis autour du village d’origine et en y dépouillant systématiquement tables décennales et registres paroissiaux, vous glanerez ainsi l’essentiel des descendants du couple.
Agissez avec astuce : si vos ancêtres vivaient au bord d’un fleuve et qu’il n’y avait pas de pont, le cercle de vos recherches se réduit souvent à une demi-lune. Retenez aussi qu’une partie des descendants s’est nécessairement établie au chef-lieu du canton ou du département, ainsi qu’à Paris (mais y retrouver vos cousins sera bien difficile si leur nom est fréquent).

Comment trouver des migrants partis loin ?

Pour retrouver les cousins qui ont pu partir au loin, impossible bien sûr d’étendre votre recherche à la France entière. Plusieurs pistes sont possibles, même si aucune d’entre elles n’est suffisante :
- explorez les documents notariés liés aux successions, car ils vous fournissent la liste avec les adresses des enfants vivant encore au moment de la rédaction de l’acte ;
- parcourez sur Internet les bases de données généalogiques : patro.com, geneanet.org, genealogie.com... ;
- interrogez le fichier des mormons (familysearch.org) qui peut vous permettre de retrouver un cousin parti en pays étranger ;
- lancez des messages sur les forums Internet, dans les revues spécialisées de généalogie ou dans le bulletin de votre association – autant de « bouteilles à la mer » qui peuvent vous apporter des réponses d’un lointain généalogiste et parent ;
- écrivez à ceux qui portent le patronyme étudié, s’il est rare. Dans ce cas (et dans ce cas seulement), la probabilité que l’inconnu dont vous avez trouvé les coordonnées dans l’annuaire soit un lointain cousin n’est pas négligeable.

Et, surtout, ne vous découragez jamais !

Une généalogie exhaustive ?

Impossible si vous partez d’un peu haut dans le temps. Il vous échappera toujours un cousin parti à l’autre bout du monde ou disparu à la guerre… Faites simplement au mieux : vos efforts vous procureront déjà une grande satisfaction.

À l’issue d’une généalogie descendante, le généalogiste met souvent en forme ses travaux : un livre, une base informatique, un journal de famille auquel sont abonnés les cousins qu’il a pu trouver, voire même une vaste fête de famille, rassemblant parfois plusieurs centaines de parents.

Gilles Prévost,
Rédacteur en chef,
Généalogie Magazine

Article initialement publié dans le Journal du Village des Notaires n°65

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