Associations et fondations : les alternatives au don d’argent

Voilà une trentaine de secondes que vous visionnez sur votre ordinateur une publicité pour une célèbre marque nordique de meubles en kit. Jusque là rien de surprenant, les spots publicitaires précédant le visionnage d’un programme sur internet sont désormais monnaie courante. Ils remplacent les longs couloirs publicitaires des chaînes privées et se substituent progressivement au paiement d’une redevance audiovisuelle en passe de devenir obsolète.

Pourtant, cette fois à l’issue de la publicité, ce n’est pas votre série favorite qui apparaît à l’écran mais un message « Voilà, votre don a été effectué !  ». En convertissant l’argent généré par la publicité en don destiné à une association compétente, le site internet Goodeed.me permet aux internautes de réaliser des dons de sacs de riz, de vaccins ou d’arbre, sans débourser un centime mais en visualisant des spots publicitaires sur leur ordinateur.

Le fonctionnement des plateformes de « don gratuit »

L’initiative de cette toute jeune start-up est révélatrice de la modification du comportement des donateurs aux associations et fondations, notamment sous l’effet du développement du numérique. L’époque des longues soirées du Téléthon, où l’on observait à la télévision des bénévoles répondre au téléphone pour enregistrer les promesses de dons semble révolue. Le don doit désormais être plus accessible et plus rapide. Maintenant quelques clics suffisent pour aider une association et ce, même, sans s’emparer de sa carte bleue.

A l’heure actuelle, le site internet aurait permis de récolter plus de 60 000 sachets de riz, plus de 60 000 vaccins et quasiment 20 000 arbres, soit des quantités significatives pour les associations soutenues. Quelles sont donc les clés du succès de la plateforme ? En premier lieu, elle est extrêmement intuitive et ludique. L’internaute se connecte par l’intermédiaire de son compte Facebook ce qui lui évite de créer un mot de passe. Il choisit ensuite de cliquer sur l’une des trois icônes selon le don qu’il préfère effectuer : vaccins, riz, arbre. Enfin, il visionne la vidéo. Et voilà, le tour est joué. La deuxième clé du succès de la plateforme est sans aucun doute son caractère viral. Une fois le don effectué, il est proposé à l’internaute de publier son don sur les réseaux sociaux en incitant ses amis à faire de même.

Le temps de cerveau disponible

En 2004, lors d’une interview, Patrick Le Lay alors Président-Directeur Général du groupe TF1 avait bien maladroitement, ou un peu trop honnêtement, déclaré « ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible ». Le cynisme de la formule avait alors été très largement condamné dans les médias et remis en cause, brièvement, le modèle économique de l’audiovisuel.

Un reproche similaire pourrait être adressé à l’encontre de cette nouvelle forme de don gratuit. S’il convient de ne pas tomber dans l’angélisme et de faire preuve de pragmatisme afin de favoriser avant tout le développement des associations et des fondations, on pourra néanmoins émettre des réserves sur la méthode qui finalement encourage la multiplication des publicités invasive sur internet.

Par ailleurs, si la jeune entreprise a recueilli tous les suffrages de la presse et des concours d’entreprenariat ces derniers mois, l’idée n’est pourtant pas nouvelle. Depuis 2010, la plateforme MailForGood, aujourd’hui HelloAsso, propose également aux internautes de réaliser des don-minutes sur le même principe. Mais la plateforme ne s’arrête pas là. Plus aboutie d’un point de vue technique, elle met gratuitement à la disposition des associations une gamme d’outils afin de leur permettre de récolter des fonds ou des adhésions, de façon globale ou pour un projet précis. En outre, le site internet présente également de façon plus détaillée les actions menées ce qui permet aux donateurs de mieux saisir l’impact de son geste. Le site ne prélève pas de commission sur les dons mais propose aux donateurs de leur verser un « pourboire » au moment de la transaction.

Au final, les alternatives au don d’argent qui proposent aux internautes de soutenir une association en donnant de leur temps en visionnant des publicités ne devront pas faire oublier l’efficacité des formes plus classique de don. Le don d’argent permet de bénéficier d’avantages fiscaux non négligeables sans s’abreuver de publicité. Mais surtout, le premier don de temps que les associations et les fondations recherchent demeure… le bénévolat. Ainsi, nul besoin de révolution numérique pour constater que ce temps d’humanité disponible est encore la meilleure façon d’œuvrer pour une cause. Il est certes plus contraignant mais également sûrement plus intéressant pour le bénéficiaire comme pour le donateur.

Sarah-Louise Gervais
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